A Calais, les No Border n'ont pas débordé. [LibeLille 28/06/2009]
Un mur de CRS, tout le long de la manif. Les No Border, samedi à Calais, manifestaient contre l'Europe forteresse, et pour l'ouverture des frontières aux migrants. Le trajet avait été négocié entre les syndicalistes de Sud et la Préfecture sur le mode « c'est ça ou rien » et la manif est passée par les rues, voire les routes les moins habitées de la ville. Dans le calme.
Tout le long, un mur de casques, bottes, boucliers, et même de camions-boucliers. Comme des tableaux vivants, immobiles, la police dans tous les intersitices de la ville : aux entrées de rues, des cours d'immeubles, sur les quais, sous un panneau publicitaire annonçant les soldes, et même des policiers à cheval, dans un champ de colza, et même, immobiles comme des gardes de Buckingham Palace, deux policiers stoïques sur une voie de chemin de fer. Enfin, un hélicoptère pour surveiller tout ça de haut. Les No Border étaient autour de 2000, les policiers plus nombreux. Dans la ville, des Calaisiens râlaient, agacés par cette paranoïa policière, des migrants souriaient, soulagés que, occupés à contrôler les militants No Border, les policiers les laissent pour le moment tranquilles.
Installés dans un campement autogéré au Beau Marais, où quelques migrants les avaient rejoints, les No Border avaient été harcelés toute la semaine, plusieurs dizaines arrêtés (certains avec des boules de pétanque et des machettes dans leur coffre de voiture, selon la Préfecture). Le matin même, fouilles au corps avant le départ des jeunes vers le point de rendez vous. Les batons qui servaient à tenir les banderoles et les drapeaux, confisqués.
Tensions sur un pont alors que les policiers avaient dévié sans raison le trajet du groupe qui rejoignait le point de départ de la manif au phare. Quelques jeunes ont titillé la maréchaussée à coups de slogans et de blagues. Les policiers sont restés de marbre. Même quand quelques cannettes ont volé sur eux. Une bande de filles clown ont réussi à en faire sourire quelques uns. On a surpris un policier battant la mesure au rythme de la batucada qui passait.
Dans le cortège, outre les No Border, Sud, des militants NPA, des calaisiens anonymes -notamment des habitants du Beau Marais-, quelques humanitaires qui aident les migrants depuis des années, les Verts, la CNT, les Flamands roses. Contrairement à ce qu'annonçait la Préfecture, ça n'a pas débordé. Les syndicalistes de Sud, dont certains sont enseignants, ont, tout le long du trajet, discuté avec les plus tendus, cagoulés, une poignée. Comme des profs habitués à gérer des mômes ingérables. Ça a marché.
H.S.
Commentaires:
Il est gentil cet article.
Il ne parle pas de l'hélicoptère en permanence sur le camp, de l'arrêté préfectoral interdisant d'être plus de 4 dans les rues, des militants arrêtés alors qu'ils tractaient (!!!) dans Calais, des journalistes qui ont "perdus" leurs vidéos lors des contrôles d'identités, des 3000 flics déployés sur la semaine, des provocations des flics -en particulier la BAC -, des barrages au "mauvais endroits" sur la trajet qui menait à la manif (oui, à deux reprises, ils se sont "trompés" de rues où ils devaient faire leur barrage).
Il ne parle pas non plus des flics qui ont empêché les noborders de sortir du camp pendant une demi-journée, du moment où ils ont attaqués le camp à coup de lacrymo et de grenade ni des fouilles systématiques.
Il ne mentionne évidement pas non plus la présence des "agents provocateurs" (c'est à dire des flics en civils chargés de provoquer leurs collègues et de faire monter la tension dans le but de légitimer une charge) ou de la consigne très évidente émanant du préfet de tout faire pour que la situation dégénère.
Et cela va de soit, ne parlons pas non plus de l'organisation autogérée du camp qui pendant une semaine, a regroupé des centaines d'individus venus de partout dans le monde (Allemagne, Angleterre, Belgique, Iran, Iraq, Afghanistan...) avec ou sans papier, et ce, sans hiérarchie, sans police, sans gouvernance bureaucratique...
Mais bon, faudrait pas trop réveiller le troupeau de mouton...
Rédigé par: Taliesin
Les No Border ont manifesté sans incidents dans une ville de Calais cadenassée. [La Voix du Nord dimanche 28.06.2009]
LAURENT DECOTTE, AVEC LA RÉDACTION CALAISIENNE
Un petit millier de « No Border » d'un côté, au moins deux fois plus d'hommes en bleu, lourdement équipés, avec hélicoptère et véhicules blindés de l'autre. Certes, la manifestation s'est déroulée sans incidents - comment ne pas s'en réjouir ? -, mais des Calaisiens semblaient agacés par une telle débauche de moyens face à des militants qui se sont très bien comportés. Pas sûr que les autorités aient gagné la bataille de l'image.
Parole de confrères, ayant une longue expérience des manifestations à risques. « Jamais vu autant de policiers dans une ville. Même à Lens, pour la Coupe du monde, ils n'étaient pas si nombreux. » Les forces de l'ordre, étaient incroyablement visibles hier, dans les rues de Calais.
Tout a commencé de bon matin quand les No Border (réseau qui existe depuis 2000 et qui revendique l'abolition des frontières) sont sortis du camp dans lequel ils vivent en communauté et débattent depuis le début de la semaine. Ils ont été fouillés un par un par des policiers équipés d'un attirail impressionnant. C'était long, les militants s'excitaient.
Sur le chemin vers le départ de la manifestation, les No Border ont été quelque peu retardés, un début d'affrontement vite réglé a émaillé le trajet. Avec plus d'une heure de retard, la jonction s'est faite avec les syndicalistes (SUD et CNT essentiellement), les militants du NPA, quelques bénévoles d'association humanitaires, et même une poignée de familles.
Décontenancés
Le cortège s'est ébranlé sur un parcours imposé par les autorités. Ils ont défilé dans un désert, à l'écart du centre-ville. À chaque issue, des hommes en nombre, y compris dans des endroits improbables, y compris montés sur des chevaux, barraient toute velléité d'emprunter des chemins de traverse.
Et ça a marché : si ce n'est des slogans un peu plus salés, ce fut plus calme qu'une manifestation de retraités.
Mais sûrs de perdre la bataille sur le terrain - aussi parce que les syndicats leur avaient demandé d'être calmes -, les No Border ont mené le combat de l'image. Non seulement personne, y compris les plus énervés - on pense a priori aux encagoulés - n'a été violent, mais certains ont même tourné cela à la farce, déguisés, jouant de la musique... Les Calaisiens étaient décontenancés : cette armada contre ces jeunes pacifistes ? Le sous-préfet devait se justifier et, dès hier soir, Gérard Gavory s'est dit « désolé pour la gêne occasionnée aux Calaisiens », tout en confirmant qu'il fallait mettre en place ce dispositif : « Certains étaient là pour en découdre. » À la question du coût financier d'un tel déploiement, il a usé de lyrisme : « La liberté d'expression et la sécurité des Calaisiens n'ont pas de prix. » Et de conclure : « Et si cela avait fini comme à Strasbourg, qu'aurait-on dit ? »
Ils ont traversé la Manche pour manifester. [20minutes.fr 29.06.09]
Calais et ses migrants, ça les concerne aussi. Ils sont Anglais et ont traversé la Manche pour manifester, samedi, à Calais, à l'appel du collectif « No Border », qui milite pour la suppression des frontières. Tim, fines lunettes et cheveux bouclés, la vingtaine, et James, un professeur d'anglais de 36 ans, ont passé toute la semaine en France pour rencontrer des militants et braquer le projecteur sur les migrants. « Tout le monde devrait vivre là où il le désire, assure Tim. Il faudrait qu'il soit possible de traverser la Manche. » Devant eux, des CRS. Dès 9 h 30, en quittant le camp, puis tout au long de la route vers le phare, point de départ de la manifestation. « Ils ne veulent pas que le peuple s'exprime », analyse James, petite barbe et bob sur la tête pour se protéger du soleil. Il était déjà là pour le camp « No Border » de 2007.
« Nous étions 500 et une seule personne a été arrêtée. Cette manifestation, ce n'est pas pour la violence, mais pour trouver des solutions pour les migrants. » L'Angleterre en crise, l'eldorado britannique rêvé par les migrants est mal en point. Le slogan « Des travailleurs anglais pour les jobs anglais » a eu du succès outre-Manche. Tim, un coup de soleil sur le front, propose sa solution : « Il ne faut pas stopper l'immigration. Il faut les mêmes droits pour tous les travailleurs. Les entreprises paient moins bien les migrants. » Jack, 24 ans, collecteur de fonds pour les ONG et arrivé jeudi au camp, renchérit : « Sans eux, des jobs ne trouveraient même pas preneur. »
12 h 15, après des détours pour rejoindre le phare et le début d'une altercation avec la police, la manifestation débute enfin. Commentaire de James, qui partage sa précieuse crème solaire : « Les gens de Calais sont sympas, ils ont le sourire. On est pacifiques. » Le millier de manifestants s'étale sous un soleil de plomb, sans incident : de quoi rendre disproportionné le dispositif policier omniprésent mis en place, fort de 2 000 hommes. Il est 14 h et les manifestants se dispersent peu à peu. Une maman donne la tétée à son bébé. James, un bout de fromage tiède dans les mains, réfléchit à son après-midi : une bière fraîche, une visite de Calais et des échanges avec des militants. Vraiment pas de quoi paniquer.
Gabriel Thierry
Aucun incident n'aura été à regretter hier, lors de la manifestation No Border. Mille trois cents altermondialistes étaient pourtant dans les rues, encadrés par 2,500 policiers et gendarmes. De quoi calmer la moindre ardeur
Mille trois cents militants de gauche ont manifesté dans le calme pour dénoncer le sort des migrants hier. Les autorités avaient prévu un dispositif de sécurité massif par crainte de débordements.
Au moins 2 500 policiers et gendarmes. Le cortège était composé essentiellement de jeunes militants altermondialistes (mouvance No Border) venus de plusieurs pays, ainsi que de militants syndicaux (notamment Sud) et politiques (NPA et CNT).
« Nous danserons sur vos cendres de rétention », « travailleurs ou immigrés, même patron, même combat », « l'immigration est une richesse pour la France, tout homme mérite le respect », pouvait-on lire sur quelques banderoles.
Déploiement policier « honteux »
Camion muni de lance à eau stationné à proximité du parcours, hélicoptère survolant la ville, gendarmes à cheval, voitures banalisées... Les autorités avaient prévu de gros moyens pour empêcher des éléments radicaux de ternir la manifestation qui se voulait festive et revendicative.
Les militants qui réclament la liberté de circulation des personnes à travers les frontières ont dénoncé la « répression » contre les immigrés sans papiers. « Pierre par pierre et mur par mur, nous détruirons toutes les prisons », ont-ils notamment scandé.
Aucun incident notable n'a été signalé jusqu'à la dislocation du cortège en milieu d'après-midi. « Après la manifestation, comment l'Etat va-t-il justifier la présence de 2 500 policiers, de brigades à cheval et d'un hélicoptère au-dessus de Calais ? La violence vient de l'Etat, c'est celle qui est faite aux migrants », interroge Meriem, une porte-parole de No Border.
« Violences canalisées »
« Le déploiement de policiers est honteux mais nous démontrerons que nous pouvons manifester dans le calme contre la politique d'immigration de Sarkozy », a lancé au micro un porte-parole de Sud, Vladimir Nieddu, avant le départ du cortège.
Pour la Préfecture, qui craignait des débordements comme ceux qui ont émaillé le sommet de l'Otan début avril à Strasbourg, « les violences ont été canalisées par les effectifs de police » qui ont eu « un effet dissuasif ».
Venus de France, Belgique, Grande-Bretagne, Pays-Bas ou Allemagne, environ 500 militants No Border sont installés depuis le début de semaine sur un campement aux abords de Calais qui devait être levé lundi mais que de nombreux militants ont quitté dès hier.
Soixante-dix d'entre eux ont été arrêtés entre mercredi et jeudi pour possession d'armes ou objets dangereux (machettes, boules de pétanque), blocage d'un centre de rétention administrative, ou manifestation non déclarée. A l'heure où nous écrivons ces lignes, une seule interpellation avait eu lieu.
A.TH.
Parade No Border dans les rues de Calais
« Sincèrement ? Toute la semaine c'est l'hélicoptère des gendarmes qui nous a gêné. Les jeunes du camp ? On ne les a pas entendus de la semaine. » Hier après-midi plusieurs riverains de la rue du groupe Normandie-Niemen regardent le cortège no-border s'en retourner au camp après une manifestation qui s'est révélée des plus pacifiques. Le déploiement de forces était pourtant des plus martial. Dès 9 h 30, au sortir du camp No Border, les policiers fouillent, comptent, et identifient chaque militant.
« Les moustiques c'est comme les flics, y'en a partout »
Un militant n'hésite pas à passer entièrement nu entre les policiers avant de se rhabiller pour la manif. Les bâtons qui tiennent les drapeaux et banderoles sont confisqués. « Voilà ce que c'est le droit de manifestation en France, s'insurge Meriem, porte-parole des no-borders. On nous avait dit que ce serait autorisé et au final on ne nous respecte pas. » Au final aucune arme ne sera découverte. Le cortège emprunte alors le canal de Marck - envahi de maragouins - pour se rendre au phare, lieu de rassemblement avant la manif. « Les moustiques c'est comme les flics, y'en a partout », entonnent joyeusement les Pinks (lire page 7).
Les mots d'ordre des manifestants mettent l'individu au-dessus de toute chose. Une série de symboles défile alors devant les yeux des altermondialistes : le lycée Léonard-de-Vinci, le collège Martin-Luther-King, le rond point des Droits de l'homme. Les no-borders s'identifient sans nul doute à ces noms qui changèrent le destin de l'humanité.
Les barrages policiers sont partout. Tant bien que mal (lire ci-dessous) le cortège finit par gagner le phare, avec une heure de retard, mais sous une horde d'applaudissements. Syndicats, associatifs et simples citoyens se joignent au mouvement. C'est en musique que l'ensemble, un millier de personnes s'élance alors sur le circuit de la manifestation.
Léonard de Vinci, Martin Luther King, les droits de l'homme, Calais et les no-borders
Malgré quelques provocations, un Black Block qui lance une pierre, un clown activiste qui se moque d'un CRS, l'ambiance est bon enfant. Avenue de Verdun un habitant a comme délicate attention de sortir son tuyau d'arrosage. Sous la chaleur, les bouteilles se remplissent. Les échanges de bouteilles avec les habitants ne finiront d'ailleurs pas jusqu'au retour au camp.
Seins nus, une militante s'est inscrit « no border no nation » sur la poitrine. Au rond-point du Douaumont quelques jeunes du Fort la remarque. Les vannes fusent. « Alors ça pousse (...) Laisse les tomber j'en ai une grosse. » La jeune femme préférera se revêtir. On la comprend.
La suite de la manif se poursuit sans dommage. De retour au phare, avant la dispersion, un Afghan et un Iranien décrivent leur vie dans la "jungle".
Quelques incidents manquent d'éclater au Lidl rue Mollien, puis au Carrefour Mi-Voix lorsqu'on empêche les no-borders d'acheter à boire.
Dernières marques de sympathie, depuis les toboggans d'Icéo. Quatre gamins en slip de bain client : « Ouaih No Border ! » Des signes de la main sont échangés avant que les enfants n'entonnent jusqu'à la fin du cortège : « No Border ! No Nation ! »
A.TH.
T'as pas grandi !
Un No Border sur la route du retour passe devant un CRS :« Tiens, je te reconnais, t'étais à Strasbourg ?» Pas de réponse:«Si c'est toi, mais t'as pas grandi... »
Natacha Bouchart retenue par les policiers
Il n'y avait pas que les Calaisiens pour se plaindre du dispositif serré mis en place par la Préfecture. Ainsi, Natacha Bouchart a été retenue alors qu'elle devait célébrer un mariage à 15 heures en mairie. « Elle était chez elle quand elle s'est retrouvée bloquée par les barrages, sourit le Préfet.
Quand nous l'avons appris, nous avons envoyé une voiture de police pour lui ouvrir la route. Elle est arrivée avec 10 minutes de retard. « Fort heureusement, les mariés n'ont pas eu le temps de tergiverser, continue le représentant de l'Etat. Ils se sont mariés. Et pour la petite histoire, un adjoint avait déjà sauté dans sa voiture pour prendre la relève du maire ». Tout est bien qui finit bien donc et tous nos voeux de bonheur aux mariés.
Des problèmes de voitures
Entendu dans le cortège...
- « Tu rentres quand sur Paris ? » - « Demain matin » - « Avec qui ? » - « Julien je crois » - « Je vais peut-être squatter avec toi. Tu crois qu'il y a de la place pour moi dans la voiture ? » - « Je crois mais le problème c'est qu'il n'y a plus de batterie. On ne sait pas si on va pouvoir partir » - « ça me plairait bien de repartir à Paris dès demain quand même ! Et si tu ne pars pas avec Julien ? » - « On prend la voiture de Romain ».
- « Je peux m'incruster ? » - « Ouais mais le problème c'est que ces quatre pneus sont dégonflés ».
- « Ah merde ! »
Une incompréhension met le feu aux poudres
Il est un peu plus de 10 heures. Le groupe de no border cornaqué par des centaines de policiers se met en branle dans le Beau-Marais. « Concernant ce défilé, il n'y avait pas de parcours de défini car ce n'est pas la manifestation à proprement dit. On a le droit de s'y rendre comme on veut mais la liberté de circulation, ils n'ont pas l'air de connaître. » Les « No borders » arrivent au niveau de l'université du littoral, avenue Toumaniantz. « Là, les policiers nous ont empêché d'avancer, explique Meriem, chargée de communication du camp.
Ils nous ont obligés à longer le canal jusqu'à la rue Mollien, par des chemins de traverse. » Premières tensions.
Arrivés rue Mollien, le groupe s'engage sur le passage pour piétons du quai de la Loire. Les forces de l'ordre refoulent les militants et les font prendre la première rue à gauche. Alors qu'ils devaient rejoindre le pont Vétillard en passant devant Alcatel, voilà que les « no border » déboulent quai de la Meuse... à deux pas des maisons des éclusiers où squattent des migrants Erythréens. Nouveau barrage. Refus poli mais pincé de la part d'une barrière de policiers. Les no borders passent alors devant la gendarmerie et se trouvent à nouveau bloqués au niveau du pont Mollien. Palabres avec Jean-Philippe Madec, commissaire divisionnaire à Calais. Il était dit que les militants n'allaient pas passer devant la mairie. Le cortège est contraint de rebrousser chemin.
C'est le barrage situé quai de la Meuse qui cédera le premier. Rue de Moscou. Direction le phare. C'étaient les seules alertes de la journée.
Une enquête pour connaître le coût du nombre de policiers
« Sincèrement, vous ne trouvez pas que ce déploiement de force est ridicule ? » Conseillère régionale (Verts), Catherine Bourgeois ne comprend pas comment 2 500 policiers et gendarmes ont pu être en faction à Calais pendant une semaine : « Avec l'aide des députés, le parti va sérieusement réfléchir à demander une enquête parlementaire pour connaître ce qu'a coûté ce déploiement de policiers et militaires pendant une semaine. » Les autorités brandissent le principe de précaution et affirment que le dispositif était dissuasif, ce qui a évité tout débordement. « Elles pourront toujours dire cela, se lamente Catherine Bourgeois. Au-delà du coût, on criminalise toute forme de contestation. C'est la preuve que nous sommes dans un État policier. Au point de m'empêcher de quitter la manifestation ! C'est véritablement un manque de respect pour les manifestants. » Assiégées de policiers, les personnes qui souhaitaient quitter les no-borders devaient emprunter un circuit sans pouvoir se disperser comme elles le pouvaient... Et Catherine Bourgeois de regretter « un nombre incalculable de provocations policières qui auraient pu faire dégénérer la manifestation. »
« J'adhère au mouvement, pas à No Border »
Député européen "Verts", Hélène Flautre a rejoint la manifestation à partir du phare de Calais : « Les Verts n'ont pas signé l'appel à manifester de No Border. Je suis ici à titre personnel parce que toute manifestation à Calais pour dénoncer la situation des migrants me paraît légitime. On pourrait penser qu'il n'y a pas de solution. Ce n'est pas vrai. On ne sait pas. Depuis plus de dix ans, la seule politique qui est appliquée, c'est celle de la répression. » Et l'élue d'insister : « Depuis des années, nous demandons l'organisation d'une manifestation transnationale. Malgré tout, je n'adhère pas du tout à certaines revendications des no-borders. »
Propos recueillis
par A.TH.
Manifestation des No Borders : quelle clownerie que cette grande parade de Calais! [La Voix du Nord dimanche 28.06.2009]
PAR LAURENT RENAULT
Match nul, tout le monde a gagné ! À l'issue de la manifestation, chacun des deux camps, No Borders et État, a pu faire ses comptes. Un seul incident, pas de blessé, la fête... Un défilé classique qui a réuni un petit millier de personnes à l'appel des syndicats Sud et Solidaires.
10 heures. - Une longue file sort du camp No Border installé depuis le début de semaine rue Normandie-Niemen. Depuis plusieurs jours, la provocation entre ces militants d'extrême-gauche et les forces de police ont placé le défilé sous une certaine tension. Le grand jour est arrivé. Synonyme de toutes les peurs. Et ce sont des clowns et des musiciens qui ouvrent le bal masqué. Car dans le cortège, de nombreuses têtes sont cachées. Masque de Zorro pour l'un, foulard et bandana pour l'autre, des capuches aussi sous cet écrasant soleil.
10 h 01. - Fouille générale. Sacs à dos, blousons, vélos... Rien n'échappe à la vigilance des policiers qui montrent le chemin. Pas question de passer n'importe où, et certainement pas dans le centre-ville. C'est au rythme des percus brésiliennes que le cortège prend le départ.
Entre craintes et mobilisation. - Le long de la rue Mollien, des commerçants baissent le rideau en entendant le cortège arriver. « N'ayez pas peur madame, nous ne sommes pas méchants. » Un autre refuse le tract tendu, certains apprécient ce défilé festif.
Impasse. - Les militants, engagés dans une mauvaise voie, se retrouvent face à quelques gendarmes surpris par cette arrivée.
Le cortège n'entend pas faire demi-tour et se retrouve quai de la Moselle. Direction cette fois la mairie : le barrage se veut plus musclé et après quelques bousculades et autres négociations, la marche reprend le chemin dicté par le préfet. Quelques tensions ici et là, jusqu'à ce que le phare pointe enfin le bout de sa lanterne.
La manifestation. - Boulevard des Alliés, No Borders et syndicalistes ayant porté cette manifestation se retrouvent. Ils entendent dénoncer les frontières. Et c'est ensemble qu'ils le font devant quelques Calaisiens curieux. Plus personne ne les reverra sur le parcours isolé entre le centre-ville et la plage. De retour au pied du phare, quelques messages et autres témoignages, les syndicalistes remontent dans les bus. Les No Borders accompagnés jusqu'au pont Vétillart. Les troupes se dispersent.
Otages. - Les personnes présentes à la manifestation ont dû prendre leur mal en patience avant de regagner le centre-ville. « Je suis avec ma petite fille, on n'est pas des terroristes quand même ! » insiste cette Calaisienne garée deux rues derrière. Elle patientera. Comme tout le monde. Pas de différence entre gentils et méchants.
Victoire. - Dans cette partie, tout le monde a gagné. les syndicalistes ont manifesté les No Borders étaient pacifiques il y avait des méchants parmi les gentils les policiers ont fait en sorte que tout se passe pour le mieux dans chacun de leurs mondes...
Des clowns activistes se sont mêlés à la manifestation. Leurs pitreries ont le chic pour rendre ridicules les rictus sévères des forces de l'ordre. Drôle de confrontation
Elles et il ont réussi à faire sourire quelques gendarmes mobiles - pas tous ! - cachés derrière leurs plastrons de Robocop.
Ont fait danser un vieux monsieur sur le quai de la Colonne. Ont fait pétiller les yeux des enfants présents dans le cortège de la manifestation. Amusé les photographes et les militants. Sans s'arrêter une seule seconde, comme une représentation sur une scène à ciel ouvert.
Elles et il, c'est une armée de clowns activistes qui ont envahi les rues, donnant un peu d'air frais à une manifestation à l'atmosphère de plus en plus pesante. La bac, une brigade activiste des clowns qui plongent aux pieds des forces de l'ordre, font semblant de cueillir des pâquerettes, pleurent pour un sourire, se jettent au sol quand ils l'obtiennent : le sésame, « le permis de rire ! » Ces clowneries ont émaillé le cortège rendant quelques fois ridicules les rictus sévères des forces de l'ordre. A l'image de ces gendarmes mobiles cachés dans des bosquets et débusqués par cette horde de nez rouges aux maquillages grossiers. Un mouvement non-violent, pour le coup clairement pacifique qui a pour but de dénoncer la police, l'armée, la répression. Tout en dérision.
« Ce sont des clowns qui manifestent, explique Leïla, une manifestante. Ce qu'ils font, c'est idiotement intelligent. C'est pas méchant ! Ils se cachent derrière les murs pour surprendre les policiers ou donnent des fleurs aux chevaux de la brigade montée ». Et gagnent quelques sourires. Dans ce monde de brutes.
Vincent DEPECKER
PAR LAURENT RENAULT
Rue Normandie-Niemen, on lève le camp, par petits groupes. Sac sur le dos, retour au pays. Plus de cagoules. Faut dire, avec la chaleur... « C'était chouette, non ? », lance au matin un Anglais, content d'avoir passé deux jours dans le camp. « Je prépare quand même mes papiers... » Au début de la rue, le contrôle d'identité est encore présent. Bien plus allégé, mais présent. Les tensions aussi quand une ambulance des pompiers arrive pour un léger malaise. La police se fait rembarrer par les militants : « On ne passe pas !
» Le journaliste ne demande même pas ! Et à nouveau des discussions, un peu de provocation... Non, rien n'a changé.
Même le sujet de conversation est identique. Celle du serpent qui se mord la queue : « Trop de policiers ! », « Tout s'est bien passé », « Mais s'il n'y avait eu des casseurs ? », « Quand on voit Strasbourg... », « Il fallait des policiers... » Et on recommence. Avec, en filigrane, la question que tout le monde se pose : « Combien ça a coûté tout ça ? » Pour le préfet du Pas-de-Calais, « la sécurité des biens et des personnes, la liberté d'expression... », tout ça n'a pas de prix. « Je suis désolé pour les Calaisiens si ce déploiement a causé quelques souci, des retards, des déviations... Mais qu'aurait-on dit en cas d'incidents ? » L'histoire du serpent qui se mord la queue, encore... Reste l'essentiel, le but de la journée d'hier : la manifestation. Une réussite ? Oui. Mille fois oui au regard du comportement de la joyeuse troupe.
Syndicalistes et No Borders n'en doutaient pas d'ailleurs. Quant au nombre de manifestants, avec un petit millier dont un renfort de 400 No Borders, on ne peut pas dire que ce soit une belle réussite quand les organisateurs misaient sur plus du double. Un ou deux migrants dans la parade, une poignée de Calaisiens. Pas plus.
Le cortège est venu dénoncer la situation des migrants, exige la libre circulation, à l'heure où Éric Besson, ministre de l'immigration, assure vouloir rendre le port étanche. En résumé : deux extrêmes avec ses doses d'utopie.
Pourquoi les Calaisiens ne se sont-ils pas joints à cette manifestation ? Voilà bientôt quinze ans qu'ils vivent au quotidien avec les migrants, dans l'indifférence, dans la compassion, en offrant des dons, du temps. Parfois ça exaspère. des drames remettent les discussions à plat. Le tout dans un contexte économique difficile. Elle est peut-être là leur priorité. De la frontière anglaise à Calais, pour sûr on en reparlera comme on en parle depuis quinze ans. Alors en attendant, les Calaisiens sont allés à la plage oublier un peu tout ça. •