Presse Francais Histoires

 

Des Articles sur la Grande Manifestation

 

Les no-borders dressent un bilan mitigé de leur semaine calaisienne. [Nord Lottoral mardi 30.06.2009]

 

Si certains se félicitaient des contacts noués tout au long de la semaine avec les migrants, d'autres en revanche regrettaient le manque de solidarité entre participants pour mener « des actions revendicatives »

Hier après-midi, les auto-stoppeurs avaient remplacé les CRS au rond-point de l'avenue Toumaniantz, en direction de la zone Marcel-Doret.
Au fil des heures, le camp No Border se vidait de ses occupants. La rue du groupe Normandie-Niemen retrouvait sa quiétude après une semaine d'intenses agitations même si, à aucun moment, elle n'a été le théâtre de débordements.

À l'heure de replier les tentes, les avis divergeaient sur cette semaine de mobilisation. Si tous s'accordent pour dénoncer le dispositif policier déployé à Calais, « un déploiement de force plus que disproportionné au vu du nombre de militants présents », les méthodes employées pour faire passer leur message n'ont semble-t-il pas fait l'unanimité.

Manque de solidarité entre participants ?

« Beaucoup d'entre nous ont regretté qu'il y ait une si grande inertie dans l'action revendicative. Certains ont d'ailleurs quitté le camp dès le jeudi, exaspérés par l'étau policier et l'apathie de nombreux participants au camp. Beaucoup auraient en effet apprécié qu'on se donne plus les moyens d'accéder au centre-ville ou du moins aux lieux fréquentés par la population », reconnaît une militante. Histoire sans doute d'avoir une meilleure visibilité.

Résignation et division sont les mots qui reviennent le plus dans la bouche de cet autre No Border : « Ce qui a certainement été moins réussi, c'est sans doute la cohésion des participants au camp, car nombreux ont été ceux qui, sous prétexte de protéger les migrants et de ne pas mettre en danger le peu d'espace de revendication que nous avions, ont vivement critiqué les personnes investies dans des actions spontanées aux abords du camp.

 » Comme lorsque vendredi après-midi, une cinquantaine d'activistes, visages cachés par des foulards et des capuches, ont défié pendant près d'une heure les CRS qui les empêchaient de sortir de leur camp, un blocus vécu comme une véritable humiliation. « S'il n'y avait pas de volonté de notre part d'aller au contact des forces de l'ordre, nous avons constaté que certains militants, peut-être eux aussi influencés par la psychose faite autour des radicaux, s'y sont opposés au lieu de manifester une quelconque forme de solidarité. » En ce sens, la police a sans doute atteint son objectif : diviser et déstabiliser les participants au camp. Car le jour suivant, pour la grande manifestation organisée dans les rues de Calais Nord, cette division a sans doute joué un rôle, dans la mesure où l'acceptation des fouilles et confiscations par les plus modérés a contraint les radicaux à se plier eux aussi à « cette humiliation ».

« Aucune volonté commune de refuser le blocus n'a émergé, regrette une jeune fille. Nous sommes plus d'un à considérer la manifestation de samedi comme une grotesque mise en boîte de nos revendications, comme une atteinte manifeste à nos libertés et comme une renonciation à la lutte. Comment pouvons nous prétendre à la destruction des centres de rétentions si nous acceptons systématiquement d'obéir aux moindres exigences des autorités ? » Fort heureusement, certains campeurs retiendront avant tout les nombreux contacts constructifs établis tout au long de la semaine avec les migrants installés à Calais : « Certains d'entre nous ont pu aller à leur contact dans les jungles et les inviter à se joindre à nous. Cependant, beaucoup de migrants, notamment Afghans, pensaient nous voir tenter l'ouverture du port et ont régulièrement posé des questions en ce sens. Il est assez difficile d'évaluer s'ils ont été déçus ou non de notre présence, mais ceux qui étaient sur le camp semblaient heureux d'avoir un autre horizon pour quelques jours au moins. C'est déjà une petite victoire. » Hier, à l'heure de se quitter, nombreux étaient ceux à se donner rendez-vous à Lesbos du 25 au 31 août pour le prochain camp No Border. Cette île grecque est pour les migrants, de par sa proximité avec la Turquie, une porte d'entrée principale dans l'Union européenne.

T.S-M.


« Nous avons été baillonnés »

Hier, 15h. Au camp dressé dans le quartier du Beau-Marais, les no-borders s'activent. Nettoient le terrain vague, remballent leurs couvertures et matelas « avant l'état des lieux ». Une semaine de mobilisation qui se termine sereinement pour les uns, accroupis autour d'un dernier repas commun, mais amèrement pour d'autres. « Frustrés par l'expérience. » Derrière de grandes lunettes noires, Thomas regrette la tournure qu'a prise l'action de jeudi dernier. Mis en garde-à-vue pour rébellion pendant une distribution de tracts, il « dénonce une injustice » et a lancé un appel à témoin sur internet : « L'un des policiers a déclaré que je l'avais frappé mais c'est faux. Nous avons même été chargés sans sommation. » Le Lillois comparaîtra le 14  octobre prochain, avant tout déçu que « les no-borders passent pour de dangereux rebelles » et qu'ils n'aient pu, à Calais, « faire passer leur message ».
Un sentiment partagé par Julien, également originaire de Lille, l'un des organisateurs du camp : « Notre objectif était de faire réfléchir les habitants sur la situation des migrants. Finalement, nous nous sommes retrouvés isolés et nos contacts avec la population calaisienne ont été limités.

« Un déploiement démesuré »
Parcours de la manifestation (tracée par la préfecture) « suivant uniquement les grands axes », annulation d'un débat prévu au Channel et confiscation de tracts, reclus au Beau-Marais, le groupe estime qu'il n'a pas eu les chances de s'expliquer, qu'il a été « bâillonné ». « Il a déjà fallu, en arrivant, rappeler qu'on venait là pour dénoncer les conditions de vie des migrants... Ce qui s'est passé cette semaine est une entrave à la liberté d'expression. » Résultat, après des jours de mobilisation : encore un air de méfiance général.
Seul point positif pour les deux no-borders, Thomas et Julien, l'enrichissement personnel. « Le site était ouvert à tous. Nous avons rencontré des militants venus de toute l'Europe, des migrants, et quelques riverains lors de réunion. Le fait de confronter leurs histoires nous a permis de mieux comprendre les choses, d'approfondir notre analyse politique. » À peine levé, le camps No Border français se prépare pour son prochain rendez-vous, sur l'île grecque de Lesbos, en août. Là-bas, Julien et les autres organisateurs reverront leur fonctionnement, refroidis par l'expérience calaisienne. « Le déploiement des autorités était tellement démesuré qu'il a aussi impressionné les habitants. Nous n'avons pas pu mener à bien nos actions. » Et de conclure : « De toute façon, on reviendra. »
Justine FAIDERBE

 

Des mesures sur le long terme. [Nord Littoral mardi 30.06.2009]

 

A l'ombre des arbres du camp, dimanche après-midi, une dernière réunion était organisée par les no-borders. Assemblée internationale et démocratique, les débats sont animés, traduits en plusieurs langues, français, anglais, arabe, pachtoun, farsi.

Plusieurs groupes de travail ont préparé des interventions sur des thématiques diverses tout au long de la journée. Ils exposent et soumettent aux réactions de l'assemblée le résultat de leurs réflexions. Approbation, critiques, modifications... des propositions se succèdent. Des conclusions se dégagent. Et des mesures annoncées comme la fabrication d'un réseau à long terme, le développement d'un site internet consacré aux camps No border, l'utilisation des listes d'adresses mail qui existent à Calais et en créer de nouvelles pour constituer un réseau d'alarme.

Action contre le démantèlement de la jungle

Un autre militant propose aussi de mettre en place différentes campagnes de sensibilisation à leur message comme des actions de solidarité contre le démantèlement annoncé de la jungle à Calais ou encore contre la mise en place de vols charters, des action combinées de groupes locaux contre les centres de rétention.

A l'issue de ces annonces, une plate-forme de revendications a permis d'aborder d'autres problématiques. Le constat a été fait que les gens qui veulent voyager de Calais en Grande-Bretagne vivent dans des conditions inhumaines et sous la pression de harcèlements constants. « Dans cet espace règne la répression de la police mais aussi des passeurs tandis que les groupes de soutien aux migrants sont criminalisés, s'emporte l'un des militants. Cette répression est générée par l'externalisation par la Grande-Bretagne du contrôle de ses migrations, par l'hystérie collective qui règne dans ce pays à ce sujet, et par Dublin 2. » La réunion s'est achevée par la rédaction d'un texte, sorte de manifeste no-border après une semaine d'échanges : « Défendons la liberté de circulation, sans frontière et sans racisme. Entrée au Royaume-Uni pour toutes et tous sans condition. Arrêt des destructions et atteintes des lieux de vie des migrants. Accès aux douches garanti. Liberté de mouvements pour toutes et tous, sans crainte de harcèlement. Les personnes arrêtées doivent recevoir une preuve de leur arrestation pour éviter les répétitions. Liberté d'expression pour tous y compris les migrants. Droit de protester et de se plaindre auprès des autorités, collectivement et individuellement. Pas d'expulsions par charter, quel que soit le pays d'origine.

Fin de la répression envers les associations et individus qui soutiennent les migrants, y compris ceux qui les aident à se transporter. La politique d'expulsion de la Grande-Bretagne ne peut être transférée à Calais. Fin des camps de rétention. » Suit un dernier débat où chacun peut faire part de son point de vue et demander la modification de tel ou tel point. Pas de changement majeur demandé. Les quelques migrants présents peuvent alors remercier ceux qui se sont mobilisés pour leur cause pendant toute une semaine.

 

[les citations dans les deux articles ci-dessus sont directement pompés sur des articles postés sur Indymedia... Ils ont été débités en tranches pour devenir des paroles soi-disant réellement prononcées par les militants...nouveau journalisme paresseux ou tout simplement la malhonnêteté?]

 

Les « no-borders » veulent s'installer « durablement » sur le Calaisis. [Nord Littoral lundi 29.06.2009]

Le jeu du chat et de la souris a continué. Tard dans la nuit de samedi avec un déploiement de CRS près de la rocade « pour des jets de bouteilles en verre ».

Puis hier matin, avec des contrôles tous azimuts des « no-borders » qui quittaient le camp. Vers 10 heures, une ambulance des pompiers - la première depuis une semaine - entrait sur le camp pour prendre en charge une personne inconsciente, victime d'une crise d'épilepsie. « Là, des gars de la bac en ont profité pour entrer toutes sirènes hurlantes, grince Meriem, porte-parole. Sous prétexte que les pompiers avaient peur de s'aventurer sur le camp. C'est faux ! Ensuite, les policiers ont contrôlé tous les militants qui s'en allaient, fouillaient leurs sacs, scannaient leurs papiers d'identité et récupéraient les données présentes dans leurs téléphones portables. On a appelé d'urgence notre avocate qui nous a dit que c'était interdit. On a appelé la sous-préfecture et ça s'est arrêté. On se demande bien pourquoi ils voulaient recopier nos répertoires ». « Peut-être pour faire des fichiers », émet comme hypothèse une autre no-bordeuse.

Reste que l'après-midi a été plus qu'instructive. Les associations locales qui viennent en aide aux migrants ont participé à des ateliers. «  L'idée, c'est de tirer un bilan de tout ça, souligne Meriem. C'est aussi de voir comment notre camp peut s'inscrire dans la durée sur Calais et tout le littoral. Il ne s'agit pas de faire un camp d'une semaine, de parler de migrants, de nous en aller et de ne plus en parler. Nous voulons travailler avec les associations locales, mettre en perspective. Voire ce qu'on peut faire pour eux, ici. » Aujourd'hui, demain, voire après-demain. Bref sur du long terme. En attendant, le camp doit être démonté aujourd'hui pour faire place nette. Les no-borders appellent toutes les bonnes volontés à venir leur filer un coup de main.

Vincent DEPECKER

 

Camping sauvage « borderline » à Calais. [Le Mague 27/06/2009]

 

Peu de gens s’en soucient, sauf les habitants du Pas-de-Calais qui ont vu s’installer un à deux milliers de personnes dans la « jungle » aux abords de la ville depuis mardi pour dénoncer le sort réservé aux migrants et réclamer la fin des contrôles migratoires.

Le quotidien local s’en inquiétait depuis le début de la semaine, car un déploiement sans précédent des forces de l’ordre a investi les lieux comme un territoire assiégé : « Un vrai jeu de dominos. L’hôpital s’apprête à passer au niveau d’urgence le plus important. Chez les sapeurs-pompiers, des renforts sont en route. Les postes de commandement des différentes structures sont prêts. À tout cela s’ajoutent les services de la mairie concernés, les riverains, les déclarations »…

Le rapport de force était à un contre dix avant le week-end, ce qui n’a pas dissuadé le collectif No Border à organiser le camp alternatif et une marche pacifique samedi à Calais. « Le déploiement de policiers est honteux mais nous démontrerons que nous pouvons manifester dans le calme contre la politique d’immigration de Sarkozy », avait lancé au micro un porte-parole de SUD, Vladimir Nieddu, avant le départ du cortège. Pour la préfecture, ce sont les effectifs de police qui ont eu « un effet dissuasif » sur les ambitions des manifestants.

En effet, aucun incident notable n’a été signalé jusqu’à la dislocation du cortège en milieu d’après-midi. « Après la manifestation, comment l’État va-t-il justifier la présence de 2.000 policiers, de brigades à cheval et d’un hélicoptère au-dessus de Calais ? La violence vient de l’Etat, c’est celle qui est faite aux migrants », a déclaré Meriem, porte-parole de No Border. Les revendications du collectifs n’ont, à les entendre, rien de bien subversives, puisqu’elles consistent à réclamer « la liberté de circulation pour tous et toutes et la fin des frontières et des contrôles migratoires ».

N’est-ce pas peu ou prou la vocation de la construction européenne, le vœu affiché par une dizaine de partis politiques plus ou moins représentés dans les parlements français et européen ? « ChacunE est conviéE à se joindre au camp pour discuter et débattre de la question des frontières et de la liberté de circulation et d’installation, à imaginer et participer à des actions symboliques, vivre collectivement avec les migrantEs du Calaisis et les militantEs et participer à la grande manif du samedi 27 juin », lit-on sur le site Internet du collectif.

Pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon ! En revanche, la situation franchement déplorable que subissent les habitants du Calaisis depuis la fermeture du centre de la Croix-Rouge à Sangatte a jeté un voile pudique sur les conditions de vies des centaines de migrants, notamment afghans, érythréens, irakiens ou somaliens, qui errent dans la région dans l’espoir de traverser la Manche. Des dizaines de bonnes volontés se manifestent pour apporter un soutien moral et substantiel à de pauvres gens sans toit, ni droits, et sont poursuivies par la maréchaussée sur ordre d’un pouvoir qui n’a pas le courage de reconnaître une situation d’urgence.

Le choix de Calais était particulièrement pertinent pour No Border afin de mettre le doigt sur l’existence d’une zone de non-droit sur le sol français. Ainsi, la patrie des Droits de l’Homme s’est-elle désintéressée du sort des populations qui fuient la famine et la dictature en lui refusant la possibilité de s’établir, de demeurer un temps, et même de s’échapper de la nasse où elles sont venues s’empêtrer. Ni les annonces va-t-en-guerre de Brice Hortefeux au sujet des expulsions d’immigrés en situation irrégulière, ni les déclarations de bonnes intentions de son successeur Éric Besson pour assécher les filières de passeurs n’ont eu d’effet sur une anomalie qui persiste.

Le mieux, sans doute, serait que l’on oublie tous que des règles juridiques absconses et ubuesques ont été édictées au mépris du bon sens afin de mettre un coup de gomme sur le sort de gens qui ne peuvent plus ni fuir, ni rester. Vendredi, pareille mésaventure est arrivée aux personnes qui se sont rendues au camp situé dans le parc de la rue Normandie-Niemen dans l’est de Calais. Elles se sont trouvées assiégées par les CRS et la BAC, avec interdiction d’en sortir, mais non d’y entrer !

Dieu seul sait si les Six Bourgeois de Calais, qui ont dû remettre les clés de la ville en 1347, la corde au cou et en chemise, ont observé avec stupeur depuis l’au-delà le paradoxe qu’ils ont vécu se renouveler… Mais une fois encore, l’Histoire, lorsqu’elle se répète, bégaye !

 

Moi, Romain, 24 ans, militant No Border. [Nord Littoral samedi 27.06.2009]

 

Portrait d'un jeune activiste présent sur le camp depuis samedi

Ses yeux ont encore du mal à rester ouvert. La nuit de Romain, 24 ans, a été courte. Après une grande fête jeudi soir avec les migrants sur le camp No-Border, son repos a été quelque peu perturbé par l'intervention des CRS à 4 heures du matin.

« Ils sont arrivés en masse d'un côté du camp avec de gros projecteurs, histoire de bien réveiller tout le monde. Finalement, ils n'ont procédé à aucune interpellation. » Une provocation de plus pour le militant bordelais, arrivé à Calais le week-end dernier pour tenter d'apporter « une visibilité extra-locale  » à la situation des migrants de Calais.

C'est en 2007, après l'élection de Nicolas Sarkozy au poste de président de la République que le jeune homme décide de donner une autre orientation à sa vie. « A l'époque, je travaillais pour une multinationale dans le bâtiment. Après l'arrivée de Sarkozy, j'ai effectué une mission de solidarité internationale au Sénégal. » Sur place, Romain rencontre des candidats à l'exil. « Cette expérience personnelle m'a convaincu qu'il fallait que je m'implique davantage aux côtés des migrants. Tant qu'il y aura de la désespérance dans le monde, et que les gens ne parviendront pas à vivre décemment même en travaillant, il y aura toujours des gens qui souhaiteront quitter leur pays. » De retour en France, Romain reprend ses études, axées sur le développement solidaire et l'humanitaire.

Installé à Paris depuis plusieurs mois, il milite activement dans diverses associations. Parmi elles, Migreurop, « qui dénonce les politiques d'enfermement et de répression entre les frontières européennes et africaines. » Cet engagement, « politique avant tout  », n'a pas d'autre but pour le jeune homme que de « s'attaquer aux causes du problème d'immigration et non pas à ses conséquences. Aujourd'hui, les marchandises et l'argent peuvent circuler librement à travers le monde. Pas les hommes. Les migrants se retrouvent tout en bas de l'échelle. » Mercredi, Romain a pu discuter un long moment avec un migrant présent sur le camp. Un échange qu'il n'est pas près d'oublier et qui justifie à lui seul son engagement : « Il m'a expliqué que depuis tout petit, il se sentait comme un oiseau, et comme il n'existe pas de barrières pour les oiseaux, il ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait pas s'installer là où il le souhaitait. »

Changement de vie

Sous sa barbe de quatre jours, le jeune homme ne condamne qu'à demi-mot les actions violentes perpétrées par des activistes comme lui prônant l'abolition des frontières. Lui même a déjà participé à des actions de désobéissance civile « lors de blocages anti-rafles ou des actions contre des expulsions. Si je ne cautionne pas la violence, je peux la comprendre mais dans cette histoire, qu'est-ce qui est le plus violent ? Quelques jeunes qui veulent se faire entendre ou le système lui-même qui renvoie des migrants dans des pays en guerre ?

» Et à ceux qui reprocheraient au jeune militant son passage éclair dans la Cité des Six-Bourgeois, laissant les problèmes aux Calaisiens une fois parti, Romain s'empresse de préciser : « La situation calaisienne, je la suis de près depuis de nombreuses années, à travers notamment le rapport sur les jungles, une enquête de six mois réalisée par des associations. La seule solution trouvée par l'Etat, c'est la répression à tout va pour envoyer un signal fort au monde pour dire que Calais n'est plus une étape sur la route de l'Angleterre. » Conscient que la répression envers les migrants s'intensifiera dès les no-borders partis, le Bordelais ne regrette pas sa venue à Calais. «  Est-ce que ce camp valait la peine d'être installé ? Assurément oui. On est tous conscients que notre présence renforce les risques pour les migrants mais de toutes façons, la répression et les rafles auront eu lieu à plus ou moins long terme, même si nous n'étions pas venus. » Et le jeune homme, reparti vaquer à ses occupations dans le camp, d'espérer que la manifestation de ce matin se déroulera sans heurts.

Thierry SAINT-MAXIN

 

No Border: Calais sous haute tension. [La Voix du Nord samedi 27.06.2009]

 

La manifestation non déclarée de jeudi, en centre-ville, a été rapidement jugulée par les forces de l'ordre qui ont procédé à plusieurs interpellations. La manifestation non déclarée de jeudi, en centre-ville, a été rapidement jugulée par les forces de l'ordre qui ont procédé à plusieursinterpellations.

Pour les No Border (Pas de frontière), c'est le grand jour, mais du côté des forces de l'ordre et au sein de la population, on craint le grand soir. Installés depuis lundi dans un camp situé dans le quartier du Beau Marais à Calais, quelque cinq cents militants anarchistes et d'extrême gauche de France et des pays proches manifesteront aujour-d'hui en ville. Si les No Border se disent pacifistes, leur fonctionnement horizontal (sans responsables) fait craindre que des éléments plus énervés se glissent dans le cortège. L'ombre de Strasbourg plane sur Calais...

PAR LAURENT DECOTTE ET LA RÉDACTION CALAISIENNE

PHOTO « LA VOIX » À l'entrée du camp, des banderoles accrochées à des arbres : «  J'A le sabotage », «  Fight (Combat) social club », «  Nous danserons sur vos cendres de rétention ». Ou, en plus petit : «  Camp ouvert à tou(te)s, sauf aux policiers et aux journalistes ».

Le milieu n'aime pas la «  presse du grand capital » et n'organisait que deux rendez-vous cette semaine pour les journalistes. Le camp est écolo-communautaire et militant : on recycle, on se partage les tâches quotidiennes et on débat. Les militants réclament l'abolition des frontières et s'opposent donc aux politiques migratoires européennes. «  Contrairement au positionnement humanitaire oeuvrant dans la négociation permanente, il s'agit ici de montrer une opposition nette », lit-on dans Nomade, le journal quotidien écrit et imprimé sur le camp.

«  Opposition nette », est-ce à dire violence ? C'est tout le débat qui agite Calais depuis l'annonce de la venue des No Border. Le préfet du Pas-de-Calais, Pierre de Bousquet de Florian, ancien patron de la DST, répond par l'affirmative, fort de cet argument : « Partout où ils sont passés - le réseau No Border existe depuis 2000 -, des violences ont eu lieu. » Alors il a déployé un exceptionnel dispositif, avec quelque 2 000 policiers et gendarmes mobilisés, deux hélicoptères... Les No Border considèrent que l'accueil qui leur est fait est synonyme de provocation, quand le préfet parle de prévention. Depuis le début de la semaine, les militants ont mené des actions et ont joué au chat et à la souris avec les forces de l'ordre : ils se sont enchaînés aux grilles du centre de rétention de Lesquin, ont improvisé une petite manifestation dans Calais très rapidement dispersée. Et hier, une cinquantaine de militants encagoulés ont pointé leur nez. Vraisemblablement pas là pour rigoler, à moins qu'ils n'aient fait que provoquer... Autre action hier à 21 h, avec une intrusion sur la rocade, bloquant l'accès au port.

Les No Border, qui se présentent comme des oies blanches, appellent sur leur site à «  défier les autorités ». À l'entrée du camp, un bréviaire de conseils pour manifester : «  Reste en groupe », «  Protège les blessés », «  Emmène un foulard ou de quoi cacher ton visage en cas d'actions particulières »...
Parade annulée

Et personne ne condamne clairement l'action violente. Ni Meriem, chargée de la communication : «  La vraie violence est d'État, ce sont ces migrants qui meurent en tentant de franchir illégalement les frontières. » Ni même Alex, jeune Anglaise souriante et ouverte d'esprit, venue prévenir les migrants que l'Angleterre n'est pas si rose : «  Les débordements dans les manifestations ? Ils se défendent.

Dans le pire des cas, il y a atteinte à la propriété privée, mais ce n'est rien comparé aux violences faites aux migrants que nous aimerions faire cesser.

 » À Calais, à tort ou à raison, on tremble. La maire a annulé une grande parade. Le parcours de la manifestation - déclarée par les syndicats SUD et Solidaires - a été changé. Combien seront-ils ? Quelques centaines. Des Black Block (casseurs anarchistes) et des débordements ? Personne ne l'espère.

Parmi les quelques migrants présents dans le camp mardi, deux Irakiens. Après ce qu'ils ont traversé, le slogan No Border, ça leur parle. Pour le reste...

 

23 nouvelles interpellations. [Nord Littoral vendredi 26.06.2009]

 

Plusieurs militants « no border » décrits par les autorités comme étant proches de la mouvance des « Black Blocks » ont été arrêtés boulevard Lafayette. Deux ont été placés en garde à vue pour rebellion

« Regardez mesdames, messieurs, on nous arrête parce qu'on est en train de distribuer des tracts. » Hier après-midi, sur les coups de 16 heures, le boulevard Lafayette, en plein coeur du centre-ville de Calais, a pris des allures de guérilla urbaine.

200 CRS quadrillent le quartier. Le carrefour des Quatre-Boulevards devient en quelques secondes une forteresse imprenable. Jusqu'à la mairie, des CRS, armés jusqu'aux dents, boucliers de défense à la main, prennent position. Au même moment, l'hélicoptère de la gendarmerie, en vol stationnaire, n'en manque pas une miette. Les badauds, nombreux en cet après-midi ensoleillé, n'en croient pas leurs yeux. Les commerçants, inquiets pour leur vitrine, sortent sur le pas de leur porte. A voir ce déploiement de force impressionnant, tous craignent l'arrivée d'une horde de sauvages venue tout saccager.

Deux gardes à vue pour rébellion

Il ne s'agit finalement que d'une vingtaine d'activistes de No Border venue distribuer des tracts aux Calaisiens, les invitant à participer à la manifestation de demain matin. « On s'est réuni sur la place Crèvecoeur, confie l'un d'eux. Mais l'information avait dû fuiter car de nombreux policiers en civil étaient déjà présents. Moins de cinq minutes après le début de la distribution sur le boulevard, on nous a sauté dessus. » Sept no-borders sont arrêtés sur le champ et transportés au commissariat central à bord d'un bus de la police. Tous crient leur dégoût face au comportement des CRS. « On est des pacifistes. On ne fait rien de mal. » Effectivement, aucun arrêté municipal n'interdit cette semaine la distribution de tracts. Soit, mais aux yeux du sous-préfet, Gérard Gavory, « quand on participe à ce genre d'opération à une vingtaine, cela est apparenté à une manifestation non autorisée. » Dont act.

Sonnés par ce déploiement de force, les no-borders laissés libres n'ont même pas eu le temps de prendre le nom de leurs camarades. Ils tergiversent quelques minutes. Quelle attitude adopter ? Certains souhaitent rentrer au camp, d'autres poursuivre la distribution de Nomade, le journal rédigé chaque jour par les no-borders. Finalement, ils n'auront pas le temps de décider. Dix minutes après la première démonstration de force des CRS, une seconde vague d'arrestations a lieu, toujours sous les yeux incrédules des Calaisiens. En quelques secondes à peine, le boulevard Lafayette est de nouveau bouclé, la circulation interrompu. Des policiers en civil surgissent de voitures banalisées. Les no-borders sont priés de rester sur place. S'ils reprennent en choeur quelques slogans anarchistes, ils n'en demeurent pas moins calmes, se contentant d'apostropher les passants pour les informer de leur condition.

Après un contrôle d'identité en bonne et due forme, 14 activistes sont cette fois embarqués manu militari dans les fourgons de police. « Ça y est, vos chefs vont être contents. Vous avez réalisé vos quotas pour la journée », lance cette jeune fille, piercing dans la lèvre. Au final, sur ces 23 interpellations, seules deux gardes à vue seront notifiées, pour rébellion. Au total, près de 70 personnes ont été interpellées depuis le début du camp no border. Une machette, des cagoules et des couteaux ont été saisis. Mercredi soir, cinq personnes étaient placées en garde à vue après la découverte de boules de pétanque et de cagoules noires dans le coffre de leur véhicule. Des pieds de bîche ont également été saisis.

« C'est la manifestation du tout sécuritaire montée par les autorités autour du camp. Avoir un jeu de boule et un pied de bîche dans sa voiture, c'est d'une triste banalité », a réagi une porte-parole du camp.

T.S-M.et V.D.

 

La tension est montée d'un cran à Calais entre « No Border » et forces de l'ordre. [La Voix du Nord vendredi 26.06.2009]

 

Depuis mardi un camp de militants « No Border » s'est installé à Calais. Environ 500 personnes sont actuellement présentes dans la cité des Six Bourgeois où elles entendent dénoncer les frontières lors d'une manifestation demain. Depuis deux jours, la tension monte et les interpellations se multiplient.

Hier après-midi, une trentaine de ces militants altermondialistes ont tenté de défiler en centre-ville de Calais. «  Cette manifestation était illégale, contrairement à celle de samedi où 2 000 personnes sont attendues », commente le sous-préfet Gérard Gavory. «  Alors nous sommes intervenus car il existe une menace réelle autour de ces camps "No Border"... » L'État craint des débordements avec l'intervention de groupuscules radicaux prônant la violence. Hier, la manifestation a duré le temps d'une course-poursuite de 100 mètres boulevard Lafayette, en plein centre-ville.

Hélicoptère, dizaines de CRS, brigade canine... en trois minutes, vingt-trois interpellations (dont deux personnes placées en garde à vue pour rébellion).

Hier, les forces de l'ordre ont lancé un message clair aux manifestants.

«  Samedi, le cortège n'ira pas au centre de rétention de Coquelles comme prévu initialement », explique le sous-préfet.

Néanmoins, ce site stratégique et visé par les « No Border » sera sous très haute surveillance. Comme le centre-ville d'ailleurs. La grande majorité des Calaisiens est complètement indifférente à cette manifestation. Ils sont, depuis mardi, pris en otage par des personnes venues de toute l'Europe censées les aider en ouvrant les frontières afin de laisser passer les migrants sans compter les quelque 2 000 policiers présents pour les protéger en cas de problème. Mais eux, n'ont rien demandé. •

LAURENT RENAULT

 

No Border: une manifestation vite avortée sème le trouble en centre-ville. [La Voix du Nord vendredi 26.06.2009]

PAR LAURENT RENAULT ET FRANÇOIS DEVIN

Peu après 16 heures, un groupe de No Borders s'est réuni au pied de la bourse du Travail. À peine ont-ils eu le temps de rejoindre le boulevard Lafayette qu'ils étaient interpellés après une brève course-poursuite. Injustice, incompréhension, peur, indifférence... Les Calaisiens ne savent plus quoi penser de tout ça.

Place Crèvecoeur, une trentaine de militants se rassemble derrière une banderole et prend la direction du centre-ville en scandant « no borders  » et manifestant haut et fort l'impossibilité de s'exprimer. Il est un peu plus de 16 heures. À peine ont-ils quitté la rue du Four-à-Chaux qu'une compagnie de CRS les attend. À moins que ce ne soit deux compagnies. Ou plus encore. La rapidité d'intervention est spectaculaire.

L'hélicoptère survole l'ensemble. L'interpellation commence. Le maigre cortège s'éclate, certains font marche arrière, les plus revendicatifs sont arrêtés devant le magasin Nevada.

«  Nous avons procédé à 23 interpellations et deux personnes ont été placées en garde à vue pour rébellion  », résume le sous-préfet Gérard Gavory. « Cette manifestation n'a pas fait l'objet de déclaration. Elle était donc illégale. » La scène se passe devant des dizaines de témoins alertés par les cris, la course-poursuite au milieu du boulevard et l'apparition soudaine d'un nombre impressionnant d'uniformes. Des commerces ont baissé le rideau.

Dans la foule, c'est l'indignation. Surtout chez les No Borders. «  C'est incroyable, pour arriver jusqu'ici, il faut répondre de trois fouilles. Dès qu'on présente un de nos journaux, on nous tombe dessus. Là on défile et voilà le résultat. Des centaines de policiers déboulent !  » Pour d'autres, c'est l'indifférence totale. « Que se serait-il passé si on les avait laissés défiler ? » Ça, personne ne le saura. Pendant que chacun s'exprime sur le sujet, que les enseignes rouvrent, on continue boulevard Lafayette à s'interroger sur « l'intérêt de tout ça. C'est nul ». Mais aussi dans les rues adjacentes : la circulation est complètement bloquée à une heure où les parents partent chercher les enfants à l'école.

Tout ça pour quoi ? Pas grand chose à vrai dire. Si ce n'estprovoquer et répondre à la provocation. Qui a commencé ? Les No Borders en installant leur camp dit pacifique ou l'État en plaçant autant d'hommes ? Pendant que les No Borders filment la réaction des « Calaisiens vachement sympas qui sont entièrement d'accord avec eux » et que les policiers reçoivent les compliments de Calaisiens apeurés par ce genre de scène... Les deux camps ne cessent de s'observer. Ce jeu du chat et de la souris continue, suscitant bon nombre de réactions. Pour le sous-préfet, la menace est réelle, le dispositif adapté en conséquence : « Nous avons identifié des individus appartenant à des groupuscules radicaux. Nous, tout ce que nous souhaitons, c'est que tout se passe bien. On nous ferait assez de reproches s'il se produisait un incident, et ce serait normal. »

 

Calais, ses No Border, ses migrants, ses craintes. [Nord Eclair vendredi 26 juin 2009]

FLORENCE TRAULLÉ

Les militants gauchistes No Border prévoient dans les 2 000 personnes pour leur manifestation à Calais samedi. Un rassemblement qui inquiète les autorités qui ont prévu de très gros renforts de police.

Des vêtements sèchent au vent, accrochés aux grillages autour du bassin de la Batellerie. Des jeunes Irakiens discutent à l'ombre de grandes poubelles. Le camp des No Border ? Pas entendu parler. Ils ont juste remarqué qu'il y avait beaucoup plus de policiers que d'habitude dans Calais.
Ils rasent les murs. Un homme arrive. Il raconte avoir été arrêté dans la rue par un militant. « Il m'a parlé du camp, m'a dit qu'ils voulaient qu'il n'y ait plus de frontières et qu'ils passaient des films sous une tente. » Ce qu'il pense ? « Ça ne sert à rien. Je n'ai rien à faire là-bas. Moi, ce que je veux, c'est passer en Angleterre ». Pour les débats politiques, comme ils disent sur le campement des No Border, ça sera sans lui.

A l'autre bout de Calais, le campement justement. Il est « ouvert à tous », clament les affichettes accrochées à des cordes qui bordent le terrain réquisitionné par la préfecture. Ouvert à tous mais « interdit aux journalistes et aux policiers ». Il faut se contenter d'y mettre un pied, sous escorte d'une jeune femme chargée de border le discours avec les « médias dominants ». C'est l'heure du repas, préparé par les « cuisines mobiles qui viennent, avec leur matériel, sur ce genre de rassemblement ». Le discours est rodé.

17 interpellations

On vous explique que tout est autogéré, qu'il n'y a pas de hiérarchie, que toutes les décisions sont prises en commun, que les volontaires s'inscrivent pour les corvées de cuisine, poubelles et autres. Presque un camp qui pourrait être de vacances si ce n'étaient les « ateliers » organisés comme ceux de mercredi : « soins de rue et bases des premiers secours ». Plus tard était prévu « traumatismes et rétablissement des militant(e)s ».

Officiellement, pourtant, ici on ne trouve que des pacifistes. Les casseurs qui font habituellement dégénérer les rassemblements des No Border ? « La violence vient de l'État », réplique la porte-parole qui parle « des provocations policières ». Ce qu'elle pense, tout de même, des débordements de violence précédents évoqués par les autorités pour justifier les importants déploiements de forces de l'ordre dans Calais ? « Chacun choisit ses modes d'action » »...

À l'écouter, les Calaisiens seraient nombreux à venir discuter sur le camp, à donner le coup de main aux militants arrivés de France, des Pays-Bas, d'Angleterre essentiellement. Dans la mesure où il est impossible de rentrer sur le campement et de parler avec ceux qui s'y trouvent, c'est totalement invérifiable mais des Calaisiens qui suivent l'affaire de près affirment qu'ils sont « dans leur coin, dans leur bulle ». Nous n'avons vu que quelques gamins du quartier, désoeuvrés ce mercredi après-midi, qui faisaient mine d'assurer l'accueil du camp, rigolards.

Deux heures plus tard, parce que le bruit, venu d'on ne sait où, avait couru que la police évacuait un squat de migrants érythréens, les No Border ont pris la direction du centre-ville et sont tombés sur les contrôles de police, impressionnants en centre-ville mais pas seulement. Fouilles des voitures et, pour certains, découverte de machettes, pieds de biche et boules de pétanque. 17 interpellations. « Avoir un jeu de boules et un pied de biche dans sa voiture, c'est d'une triste banalité », répond la porte-parole du camp qui ne s'étend pas sur les machettes. Moins banales...

Dans Calais, on regarde tout cela avec circonspection. « Pour l'instant, c'est calme leur histoire de camp et, du coup, ça fait beaucoup de policiers en ville pour pas grand-chose », lâche un commerçant du centre, plus concerné par le début de soldes que par les No Border « mais leur manifestation de samedi matin, on se demande ce que ça va donner quand même ».

Là où les No Border dénoncent « la psychose entretenue par les autorités », la municipalité se retranche derrière le « principe de précaution ». Natacha Bouchard, maire UMP, n'a pas voulu rencontrer les No Border qui font mine de s'en plaindre mais n'ont jamais demandé à la voir. « Le problème, ce n'est pas trop les No Border en eux-mêmes. Des militants gauchistes qui prônent l'abolition pure et simple de toutes les frontières. Ce qui est plus inquiétant, c'est ceux qui se greffent sur ce type de rassemblement », estime un enseignant calaisien, sensible à la détresse des migrants mais qui ne se voit pas s'associer à cette manifestation samedi. « Ils instrumentalisent les migrants. Dimanche, ils seront repartis. Les migrants, eux, seront toujours là ». Ce que pensent Kanaa et ses copains qui préféreraient qu'on s'intéresse moins à eux et qu'on les laisse tenter le passage vers l'Angleterre. Ils sont juste là pour ça.


Associations : entre craintes des violences et soutien dubitatif

Depuis des années, ils sont sur le terrain. Ils distribuent des repas, aident les migrants à se soigner, à se laver, à se défendre en justice... Pour les militants « historiques », l'arrivée des « alternatifs » n'est pas toujours bien vécue. Il y a ceux qui sont contre, et dénoncent même les méthodes des jeunes militants alternatifs de No Border. Joël Loeuilleux, de la Ligue des Droits de l'Homme de Calais, est de ceux-là. « Dès le départ, nous avons été réticents, nous avons refusé de nous associer à No Border » . Lui juge qu'en installant un camp à Calais, « ils se trompent de lieu : ce n'est pas ici qu'il fallait l'installer, mais en Angleterre ». Craintes pour les migrants Ce qu'il regrette surtout c'est que l'arrivée de No Border a été synonyme de renforcement du dispositif policier. « Qui dit que la police ne va pas en profiter pour "vider" la jungle ? C'est ce que Besson avait promis, et avec Hortefeux à l'Intérieur, on peut s'attendre au pire » , prophétise Joël Loeuilleux. « Ils se trompent de combat » D'autres ont une position moins tranchée. C'est le cas de Salam, dont Jean-Claude Lenoir, un des militants, a eu maille à partir avec police et justice pour avoir aidé des migrants. « Tout ce qui peut ouvrir le dialogue sur la question est une bonne chose », insiste-t-il. Mais il avoue aussi que les militants du camp de No Border, il « ne les voit pas beaucoup : le soir, on s'occupe des repas et la journée, des demandes d'asile. En ce moment, on en a beaucoup. La dernière fois, ils avaient prévu une réunion à 18 h... à cette heure-là, on est surchargé ». Jean-Claude Lenoir qualifie de « scandaleux » le déploiement de forces et la « criminalisation du mouvement », et s'étonne de voir « plus de policiers que de militants et de migrants ». Il n'en dresse pas moins un constat mûri au fil de sept années sur le terrain. « Les migrants, ils n'ont pas envie de se mettre en asso. Ils veulent qu'on leur fiche la paix et partir en Angleterre. Ils se trompent de combat, comme beaucoup de ceux qui ne sont pas sur le terrain ». Permanent de la Cimade, Pierre Nicola travaille au centre de rétention administrative de Coquelles pour apporter une aide juridique aux migrants. Il juge que, même si la Cimade n'est pas signataire de l'appel à manifester, « certains objectifs peuvent se rejoindre, en terme d'ouverture des frontières ». Mais concrètement l'arrivée de No Border se solde pour lui par une période d'inactivité : « ils ont vidé le centre en fin de semaine dernière, et ont réparti la cinquantaine de migrants à Rouen et Lille. Les arrestations ont diminué, sinon, nous aurions vu une augmentation à Lesquin », analyse-t-il. Et Pierre Nicola de noter que « les contrôles au faciès se sont renforcés. Mais cette fois, ce ne sont plus les migrants les cibles, mais les babas cool ». « Il faut arrêter avec la psychose sécuritaire », s'emporte Lily Boilet, de Terres d'Errance qui suit les migrants de passage dans la région de Norrent-Fontes, près d'Aire-sur-la-Lys. Son association a décidé, elle, de signer l'appel à manifester. Quant à Lily Boilet, elle est en ce moment sur le camp, avec les No Border. « L'objectif, c'est que la situation que vivent les migrants cesse. Il faut un règlement politique, nous sommes là pour l'obtenir ». « Pas qu'une bande d'anars » Et la jeune militante d'affirmer que « contrairement à ce qu'on dit, le camp n'est pas constitué que d'une bande d'anars. Il y a de tout, ici, on discute, on cherche des solutions ». Et lorsqu'on lui demande si les risques de dérapages et de violences que le sous-préfet craint lors de la manifestation de samedi pourraient desservir le message, elle rétorque que c'est le déploiement de police qui risque, au contraire, de faire monter la tension. « Qu'il s'agisse des étudiants, des chercheurs, ou des ouvriers qui manifestent lorsqu'ils sont licenciés, ça part toujours en vrille... »   MATTHIEU MILLECAMPS


De très gros moyens policiers pour contrer d'éventuels débordements

Combien seront-ils dans les rues de Calais ce samedi ? Les No Border espèrent dans les 2 000 manifestants. Soit quasiment autant, voire un peu moins, que les forces de police qui seront déployées dans la ville. Explications. Le 16 juin dernier, le préfet du Pas-de-Calais, Pierre de Bousquet, avait annoncé la couleur. « Nous nous attendons à des dérives ultra-violentes », assurait-il, s'appuyant sur l'expérience de précédents rassemblements à l'initiative de la mouvance No Border qui ont été émaillés de débordements et d'affrontements avec la police. De fait, dans la ville de Calais et ses proches alentours, la présence policière est très visible depuis quelques jours. Dans les 2 000 policiers prévus pour samedi ? Voire un peu plus ? À la sous-préfecture de Calais, on ne donne pas de chiffre précis mais d'effectifs « adaptés à la situation ». Des policiers de la sécurité publique, des CRS, des gendarmes territoriaux et mobiles, une brigade équestre. Le tout renforcé par un hélicoptère de la gendarmerie. « Juste ce qu'il faut », nous dit-on. Contrairement à certains bruits ayant couru selon lesquels des chars de l'armée seraient arrivés à Calais ainsi que des troupes, la sous-préfecture déclare que, hors les effectifs Vigipirate habituels, il n'y a pas de présence militaire supplémentaire prévue. « Les gens parlent de chars parce qu'ils en avaient vu à Strasbourg mais cela n'a rien à voir. Il n'y a pas de rassemblement de chefs d'État à Calais ». Les autorités estiment qu'actuellement le camp des No Border abrite dans les 500 personnes dont une forte proportion de gens venus d'autres pays européens. Des militants qui distribuent des tracts en ville mais semblent avoir, finalement, peu de contacts directs avec la population locale. Du côté de l'hôpital de Calais, et là encore contrairement à des informations qui couraient, il n'est pas question d'installer, avant la manifestation, un hôpital de campagne. On y confirme, en revanche, avoir renforcé le service des urgences et être en pré plan blanc en cas d'afflux massif de personnes nécessitant des soins. Enfin, coté magistrature, la permanence du parquet au tribunal de Boulogne-sur-Mer dont dépend Calais a été renforcée pour samedi. Un accord a finalement été trouvé hier sur le parcours de la manifestation prévue. Ce ne sont pas les No Border qui en ont déposé la demande officiellement en préfecture mais l'Union syndicale et solidaire 59/62 et la fédération Sud Santé-Sociaux. Le parcours a fait l'objet de négociations ardues, les autorités refusant la demande initiale qui partait du phare de Calais pour rejoindre le centre de rétention de Coquelles (qui a été vidé de ses occupants, répartis sur d'autres centres) et passait devant la sous-préfecture de Calais. Finalement, un accord a été trouvé hier après-midi. Ne reste plus qu'à voir comment la manifestation se déroulera.  FL.T.


ÉCLAIRAGE

Qui sont les No Border ? Ce collectif est un groupement associatif international (no border signifie sans frontière) qui s'est créé en 2000 et affiche clairement sa sensibilité anarchiste. Ce collectif autogéré compterait dans les 2 000 sympathisants en Europe. Ses cibles sont toujours en rapport avec l'immigration. Plusieurs camps du type de celui de Calais se sont dressés en Grande-Bretagne, en Italie, en Grèce, à Strasbourg (notamment lors du dernier sommet de l'OTAN). Les Black Blocks, favorables au recours à la violence contre le système, se greffent régulièrement sur les manifestations des No Border. Ainsi à Strasbourg dernièrement où ils ont brûlé un hôtel et un bâtiment des douanes. Mercredi, 26 individus de la mouvance No Border qui bloquaient l'accès au centre de rétention de Lesquin ont été placées en garde à vue pour participation à une manifestation non autorisée au préalable. Hier, ils ont été libérés avec un rappel à la loi. 17 personnes ont aussi été arrêtées à Calais, certaines trouvées détentrices de machettes, pieds de biche et boules de pétanque. Et hier, 23 interpellations à noter toujours à Calais. Parmi eux, il y aurait des Black Blocks.

 

Chez les « No border » [La Voix du Nord jeudi 25.06.2009]

 

Installés au Beau-Marais depuis le début de la semaine, les No borders prennent leurs marques à Calais. Dans leur camp, où ils accueillent volontiers les Calaisiens, ateliers, concerts et cercles de parole sont mis en place.

Le camp No border est le symbole même de ce que prônent les jeunes altermondialistes installés en ce lieu depuis le début de semaine : la rencontre, l'échange. À l'entrée, un chapiteau abrite des « hôtesses ». Un simple «  Bonjour », et une discussion s'enclenche.

Visiblement ravis d'être compris «  par certains Calaisiens », ils distribuent des tracts, des plans de Calais sur lesquels sont inscrits les lieux importants de la ville, donnent des conseils de sécurité... Des ateliers sont aussi organisés tous les jours, à horaires réguliers.

Les thèmes abordés sont variés : «  On parle des traumatismes physiques et moraux subis par les migrants et les militants en cas d'arrestation, du changement climatique, ou encore des premiers secours en cas d'urgence. » Pour assister à ces réunions, il suffit de se signaler à l'accueil. Là, on vous invite à rejoindre les autres sous une toile de tente ou dans les herbes folles, et la discussion commence. L'ambiance est chaleureuse, les militants sont sympas, un peu « peace &love ».

Ambiance bon enfant

Pendant ce temps, à l'autre bout du camp, des jeunes épluchent des pommes de terre, font la sieste ou grattent tranquillement leur guitare.

Néerlandais, Belges, Britanniques et Français, tous fraternisent. À l'image de ces deux enfants dont l'un est en poussette, visiblement ravis de commencer leurs vacances dans un camp sans frontière. • F.D.

 

A Calais, une fausse annonce et la journée dégénère : 17 interpellations. [La Voix du Nord jeudi 25.06.2009]

PAR LAURENT RENAULT ET FRANCOIS DEVIN

Hier, les autorités ont levé le pied sur la présence policière visible en centre-ville de Calais. Jusqu'au milieu d'après-midi où, d'un coup, la machine s'est emballée. Calaisiens, touristes et autres ont été fouillés, dix-sept personnes ont été interpellées et cinq placées en garde à vue.

« Une vingtaine de cars de CRS est partie déloger un squatt d'Érythréens ! Qui a sa voiture ? » Il est un peu plus de 16 heures. Dans le camp « No Border » où on comptait hier environ 400 personnes, ateliers et discussions s'arrêtent brutalement à cette annonce. Quel squatt ? Où ? «  On ne sait pas, mais faut y aller ! » Le co-voiturage s'organise, le camp s'agite et chacun part aider les migrants vraisemblablement maltraités. Mais l'annonce est infondée : les Érythréens, dans la maison des Éclusiers attendent paisiblement. Dans la Jungle, les Afghans se lavent à la fontaine. À ce moment précis, les migrants vivent leur quotidien et attendent la nuit... Cette annonce et ce fourmillement soudain des « No borders » n'a d'autre effet que de déclencher l'intervention des policiers. Les cars de CRS arrivent en nombre aux ronds-points du port, les fouilles des véhicules et des personnes commencent. Tous les petits groupes de personnes sont contrôlés. Le but ? Éviter un attroupement massif au même endroit, ralentir les déplacements. Le jeu du chat et de la souris a commencé. Et il n'est pas prêt de s'arrêter.

Lors de ces contrôles, des gens ont été interpellés. Cinq personnes ont été placées en garde à vue pour possession d'armes prohibées (machette et couteaux).

Ce type d'arme est également utilisé à d'autres fins, surtout dans le campement. Une cagoule a également été trouvée dans le véhicule de ces cinq personnes, rue Mermoz.

Devant le port, au niveau du quai Paul-Devot, du quai de la Moselle... les contrôles se multiplient durant plus d'une heure et des petits groupes de personnes sont encadrés par les forces de l'ordre. «  Vous voyez ! On se promène en ville, on est arrêté, plaqué contre des murs, alors qu'on n'a rien fait de mal », explique la chargée de communication du camp, assise à terre, au bout de la rue Mollien. Les bus sont détournés momentanément.

Il est 17 h 30. Le dispositif est levé.

Bilan de la journée : 17 interpellations (douze n'ont pas été suivies de garde à vue, dont un vol à l'étalage à Cité Europe...) et beaucoup d'animation pour une première journée « tranquille » à discuter dans le camp.

L'annonce de 16 heures n'a eu d'autre effet que de mettre le feu aux poudres.

 

La tension est montée d'un cran. [Nord Littoral jeudi 25.06.2009]

 

Ils ne peuvent pas faire un pas dans la ville de Calais sans être contrôlés par des policiers dont la présence commence à en agacer plus d'un. Dans la foulée, les CRS ont mis en place des contrôles ciblés

« C'est la criminalisation de la marche à pied, s'insurge cette no-border. Nous revenions du port. Nous sommes sortis de la voiture quand les CRS sont arrivés en courant (...) Au départ, on ne pensait même pas que c'était pour nous.

 » Résultat, fouille complète et « retenue », plus d'une heure, « le dos contre un mur ». À l'angle des rues de Bitche et Mollien. « On ne comprend pas, continuent les militants. On nous retient alors qu'aucun objet dangereux n'a été découvert dans nos poches. »

Plusieurs points de contrôle à Calais

Malgré la pesanteur de la situation et le déploiement impressionnant des forces de l'ordre, certains préfèrent garder le sens de l'humour. «  Le pire dans cette histoire, c'est qu'on se disait qu'il y avait moins de flics dans les rues de Calais. On se disait que la presse avait peut-être raison, qu'au regard de notre faible nombre - 200 environ, certaines équipes étaient retournées chez elles. Ben là, c'est raté ! On aurait mieux fait de se taire.

 » Car ils ne sont pas les seuls à avoir fait les frais des contrôles tous azimuts mis en place par les forces de l'ordre. Que ce soit rue Mollien, boulevard des Alliés ou au rond-point de l'hoverport, toujours les mêmes scènes et une débauche de moyens. « Plusieurs no-borders qui se rendaient auprès des migrants ont été arrêtés à proximité du phare de Calais », note-t-on du côté des militants. À chaque fois, simple contrôle d'identité et palabres. « Nous avions vu le sous-préfet, il nous avait garanti que les contrôles et la présence policière seraient proportionnés. Qu'on n'allait plus nous piquer nos tracts pourtant on nous empêche de les distribuer. » Un commerce calaisien qui avait osé coller une affichette No Border sur sa vitrine a d'ailleurs vu débouler plusieurs voitures avec des policiers en civil pour qu'il enlève les banderoles compromettantes. Une voiture aurait également été arrêtée parce qu'elle transportait une banderole pro- « no borders ».

Bref, on le voit, la tension est montée d'un cran hier après-midi. « On ne peut pas dire qu'il y a plus de tension qu'hier, précise-t-on du côté de la sous-préfecture de Calais. Les contrôles routiers ont été effectués sur réquisition du procureur de la République de Boulogne-sur-Mer. » Il s'agissait de visiter les coffres et les habitacles des véhicules qui circulaient le long du terminal ferry. «  Habituel » pour les magistrats.

Par ailleurs, les autorités ont confirmé que, malgré les contrôles, « il n'y a pas eu de conflit avec les no-borders ». Par contre, ils s'étonnent de la recrudescence des banderoles autour du camp. Hier a fleuri « nous danserons sur les centres de rétention » et « sabotage ». Aujourd'hui, nous avons repéré « belle comme une prison qui brûle  ». Tout un programme.

Vincent DEPECKER

 

Déjà 21 personnes interpellées et neuf placées en garde à vue. [Nord Littoral jeudi 25.06.2009]

 

On peut dire que les policiers présents à Calais ne chôment pas. Mardi soir, trois jeunes hommes qui se rendaient au camp no border ont été contrôlés à la gare alors qu'ils étaient en possession de couteaux, des armes de sixième catégorie.

« Ces personnes ont été placées en garde à vue , explique Nathalie Bany, procureure-adjointe au parquet de Boulogne-sur-Mer. Cette mesure a pris fin ce mercredi soir. Les couteaux qui constituent une arme ont été confisqués. Ces trois personnes sont convoquées en justice après l'été. »

Des black blocks repérés ?

Hier, ce sont dix-sept personnes qui ont été interpellées et cinq ont été placées en garde à vue dans les locaux du commissariat de police de Calais. Le parquet n'a pas souhaité communiquer sur les motifs de ces arrestations, précisant qu'ils étaient « de droit commun  ». Selon nos informations, ces individus auraient été retrouvés porteurs d'armes blanches - peut-être des machettes - et de cagoules. Une jeune fille du camp no border a également été interpellée après avoir commis des vols de denrées alimentaires à Carrefour Mivoix. Hier soir, les magistrats de permanence devaient décider de son sort. Reste la présence de black blocks sur Calais, ces ensembles d'individus qui se regroupent de façon spontanée à l'occasion d'un moment donné, à l'occasion de manifestations ou d'actions politiques. « Nous avons effectivement constaté la présence de personnes faisant partie de groupes libertaires réputés violents », confirme une source officieuse.

 

« Il fait coucou aux CRS ». [La Voix du Nord mercredi 24.06.2009]

 

Les No borders n'ont pas fait parler d'eux hier. Pourtant, c'est une ambiance particulière qui règne dans toute la ville. Les CRS sont partout, comme devant la sous-préfecture. En face, l'école de l'Esplanade. Rencontre avec des parents d'élèves, un peu circonspects devant un tel déploiement de force.

À l'heure du déjeuner, les enfants sortent de l'école en chahutant. Une sortie de classe normale. Hormis la présence d'une dizaine de fourgons de CRS stationnés à quelques mètres de la cour, de l'autre côté de la rue. Hugo, 3 ans, est tout excité. Pas le moins du monde impressionné par ces dizaines d'uniformes postés devant son école. «  Il fait coucou aux CRS, lance une mère de famille. Il est très content de voir la police, comme tous les petits garçons. » Sa copine de classe est tout aussi ravie. «  Eux sont contents, mais les plus grands de 6 et 8 ans posent beaucoup de questions sur la présence des policiers. Et il y a de plus en plus de camions de CRS », reprend la jeune maman.
« Disproportionné »

Alors patiemment, les parents expliquent. Sans comprendre vraiment pourquoi. « Ce matin (hier matin), tout était complètement bloqué, avec de grands grillages. C'était impressionnant ». Le papa reprend : «  On trouve que c'est trop, c'est disproportionné ! » La jeune maman est aussi une riveraine, et pâtit de cette situation. «  J'habite rue Philippe-Hurepel, juste derrière la sous-préfecture. » Les automobilistes, privés de l'esplanade Jacques-Vendroux, se rabattent sur la petite rue. «  Ils roulent comme des fous. C'est devenu trop dangereux pour les enfants : ils ont l'habitude de jouer dans la rue. » •

MÉLANIE HOCHART

 

Camp « No Border » à Calais : débat d'idée d'un côté, prêts à en débattre de l'autre. [La Voix du Nord mercredi 24.06.2009]

LAURENT RENAULT

« Pourquoi tant de haine ? » Les « No borders » ne comprennent pas pourquoi tout le monde, sauf leur presse, leurs militants, leurs amis, s'acharnent sur eux. Durant cette semaine, ils vont s'en tenir à leur programme : ateliers, conférences, concert et manifestation pacifiste samedi. À en croire les No borders, les 2 500 policiers peuvent rentrer chez eux...

Michel s'est rendu hier après-midi dans le camp No border. «  Je suis juste un Calaisien venu m'informer. J'ai lu la presse comme tout le monde, j'ai entendu les prises de position... Je viens à la source. » Il écoute et suit les journalistes qui, hier à 14 h 30, ont eu droit à une visite guidée. Et de s'adresser à la chargée de communication : «  Vous avez de grandes idées, vous parlez des politiques, des migrants... Et les Calaisiens dans tout ça ? Vous n'en parlez pas ! Vous ne leur avez pas demandé leur avis, ce qu'ils pensaient de tout ça ! Rien. Que les gens se soient battus ou non entre temps, que les forces de police se soient déplacées pour rien... Lundi, vous repartirez chez vous et rien n'aura changé. Les Calaisiens doivent encore subir. » Les réponses apportées ne lui font ni chaud ni froid. Les grandes idées, la fin des frontières, le fait que des Calaisiens ont travaillé sur ce camp... C'est le concret qui l'intéresse. Michel était venu dire ce qu'il avait sur le coeur. Il l'a fait.

Sur le chemin du retour, il croise des jeunes Calaisiens présents à l'entrée du camp. «  Ouais, c'est trop cool, les "No borders "me font délirer  », assure l'un. Et samedi, ils seront de la partie, «  ça ouais ! » Évidemment, les policiers ne sont pas leurs copains. « Un flic, ça me fait pas peur, même habillé en Rambo  », dit l'un. Le décor est planté. Mais que les choses soient claires, ce ne sont pas les « No borders » qui sont en train de recruter des casseurs. Loin de là. Rue Normandie-Niemen, il est question de discussions, d'échanges d'idées, de convivialité... pas de recrutement pour passer à l'acte. « Mais on y sera quand même », continue le jeune Calaisien. «  Pour voir ce qui va se passer...  » Sans vraiment se rendre compte qu'en cas d'échauffourées, de manifestation qui tourne mal à cause d'autres « pros de la casse » venus se mêler au cortège... ils n'ont pas la « carrure ». Calais est réputé pour sa petite et moyenne délinquance, pas la bande organisée.

Tout cela n'est que supposition, bien sûr. Mais l'omniprésence des forces de l'ordre en centre-ville, les passages incessants de l'hélicoptère de gendarmerie, de l'arrivée de la police montée... tout ça mis bout à bout laisse craindre une autre issue à ce camp « No border ». La faute à l'État, pour les uns. La faute au manque de transparence et aux précédents débordements selon les autres. Pour l'heure, il est question d'ateliers et de conférences.

 

Un camp « No Border » crée des tensions à Calais [l'Humanite 23 juin 2009]

 

Plusieurs centaines de militants d’extrême gauche, et autant de policiers, sont attendus cette semaine.

De mémoire de bourgeois de Calais, on n’a jamais vu ça. Depuis le début de la semaine, trois compagnies de CRS arpentent la ville. Et ça n’est qu’un début : entre 1 500 et 2 000 représentants des forces de l’ordre sont attendus ces prochains jours dans la ville du Pas-de-Calais. La cause de ce déploiement sans précédent de forces policières ? Le camp « No border » qui débute aujourd’hui son installation.

Jusqu’à samedi, une série de conférences et de projections seront proposées au sein de ce « village autogéré ». À l’origine de cette initiative, le collectif d’extrême gauche franco-belge No Border, qui monte des camps aux frontières depuis 1999. « Calais est emblématique de ce que peuvent donner les politiques migratoires, dénonce Meriem, du collectif. Depuis la fermeture du camp de Sangatte, les migrants sont complètement parqués. » D’après les associations, entre 500 et 700 migrants (majoritairement Afghans, Iraniens, Érythréens) errent dans les rues de Calais dans l’espoir de traverser la Manche.

Mais cette manifestation n’est pas du tout du goût du préfet, qui a d’ores et déjà prévenu : « Nous savons que se dissimulent, à chaque camp "No Border", de façon plus ou moins évidente et concertée avec les organisateurs, des personnes qui sont ultraviolentes. Nous ne les laisserons pas faire. » Un arrêté préfectoral interdit la vente ou le transport de carburant et de gaz au détail à Calais jusqu’à la levée du camp.

Samedi, une manifestation, qui partira de Calais à 10 heures, clôturera cette semaine d’initiatives. Effectifs attendus : entre 1 500 et 2 000 personnes. Soit autant que le nombre de forces de l’ordre… Et Meriem de dénoncer : « L’État et les médias installent une psychose monstrueuse pour légitimer par avance la violence des forces de l’ordre. »

Marie Barbier

 

Camp « No border » : pour l'instant, c'est Woodstock, pas Kaboul. [La Voix du Nord mardi 23.06.2009]

PAR LAURENT RENAULT ET MÉLANIE HOCHART

Ambiance pieds nus, tentes, fraternité et « peace and love » : le camp « No border », qui s'installe doucettement rue Normandie-Niemen depuis lundi, se fait devant des riverains confiants, des centaines d'automobilistes curieux et des CRS en stand-by. Ce sont eux les méchants qui mobilisent 2 000 forces de l'ordre ?

«  Peur, nous ?, lance André, en jetant un oeil sur le terrain, en face de chez lui. Il faut arrêter la psychose, ils sont très gentils ces jeunes ! » Un simple cordon blanc sépare la route du campement, encore clairsemé, hier. Des tentes sont disséminées, des tables de camping installées. Quelques « No border » déchargent du matériel.

De l'autre côté de la route, les maisons s'alignent. Mais les riverains, eux, sont bien loin du tumulte. «  Des voisins ont même dépanné les campeurs en ustensiles de cuisine », affirme le riverain. André a discuté avec ces locataires impromptus : «  Ils nous ont expliqué pourquoi ils étaient là, et ce qu'ils défendaient : l'ouverture des frontières. » Mais alors craignent-ils des débordements ? « Il n'y a pas de problème, ce sont des gens très bien, soutient André. À Strasbourg, les incidents sont dus aux casseurs. Et puis il y avait Sarkozy, c'était différent. »
Des curieuxdans la rue

Seul changement dans la rue Normandie-Niemen : selon André, «  il y a un véritable défilé de curieux maintenant ! » Et d'évoquer le quartier, plutôt calme. «  Ici, il ne se passe pas grand chose, sauf à la sortie du lycée, ou quand il y a eu grève.

 » Non loin de là, le foyer Tom-Souville de l'AFAPEI a pris ses dispositions. «  L'équipe des veilleurs de nuit a été renforcée, confirme une éducatrice. Quant aux 52 résidents, ils ne peuvent sortir seuls et doivent être accompagnés pour se rendre au travail.

 » Du côté du lycée Normandie-Niemen, aucune disposition n'a été prise. Seule une dizaine d'élèves de bac pro passent leurs épreuves dans l'établissement.

Une semaine qui s'annonce donc presque normale dans le quartier. Un autre riverain lance depuis sa voiture : «  S'ils ne m'embêtent pas, il n'y a pas de problème ! » Les enfants entrent dans le camp, aident les militants, se renseignent... Ici, c'est ambiance Woodstock, fameux rassemblement de l'année 1969, bien loin de Kaboul. Quoiqu'une petite pancarte à l'entrée indique que les journalistes et les policiers sont interdits de séjour.

Pour une transparence complète, c'est donc raté. «  Nous n'avons aucune confiance dans la presse et on ne sait pas encore comment nous allons organiser nos rencontres avec elle », assure une chargée de communication.

«  Il y aura des points presse, on éditera notre journal, mais interdiction de se promener dans le camp comme ça. »
Un monde

Pour eux, la psychose est entretenue par la presse, les autorités, les déclarations... «  On ne va rien faire de mal ! Vous ne trouvez pas ça disproportionné ? Une centaine de militants face à 3 000 policiers ? Moi oui ! » Effectivement, entre l'ambiance «  scout toujours » d'un côté et l'incroyable déploiement de forces de l'ordre de l'autre... il y a un monde. Un monde délimité par une cordelette.

Le but de cette manifestation est de discuter de l'ouverture des frontières. «  On ne sait pas combien nous serons », assure la chargée de leur communication. «  Quand bien même nous serions 50 000, il ne se passerait rien et ça ne justifiera jamais un tel dispositif ! » Jusqu'à samedi, jour où ces pacifistes iront au centre de rétention de Coquelles, ateliers et discussions animeront le camp. «  On ne sait pas encore quand ni où nous irons à la rencontre des Calaisiens pour discuter, les informer... mais on pense se rendre en ville. On doit finaliser tout ça.  » Tout se passe donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pour l'instant. Et personne ne s'en plaindra.

 

Les no-borders prennent leurs marques. [Nord Littoral lundi 22.06.2009]

 

Ambiance colonie de vacances hier midi sur le terrain de la chaufferie. Si le programme officiel annonçait l'installation du camp à partir d'aujourd'hui, les premiers militants du camp No Border, une petite centaine, sont arrivés sur place dès samedi soir.

L'ambiance est bon enfant. On y parle français, anglais, néerlandais. Par petits groupes, les participants se restaurent à la bonne franquette, histoire de ne pas perdre de temps. C'est que le travail ne manque pas.
Dans la matinée, une yourte, qui accueillera de nombreuses activités, a été installée en bordure de la rocade est. C'est sur cet espace également que devraient avoir lieu les concerts de jeudi soir afin de gêner le moins possible le voisinage. Si toutefois ils sont maintenus. Car aux dernières nouvelles, aux concerts rock annoncés, les organisateurs privilégieraient désormais des sessions acoustiques, genre guitares sèches au coin du feu.

L'après-midi, ce sont les cuisines et le grand chapiteau qui s'érigent au milieu de ce terrain vague du Beau-Marais. Capable d'accueillir 120 à 140 personnes assises (le double debout) pour des conférences et la projection de films, le chapiteau sera le centre névralgique du camp, dont l'ouverture au public est programmée mardi matin. « Grâce à la mutualisation des moyens et à l'activation des réseaux de chacun, on a réussi à obtenir pas mal de matériel », se félicite la responsable de la communication du camp.

Atelier peinture

Samedi, les organisateurs ont procédé à l'état des lieux du terrain avec les autorités. « On a signé un protocole d'accord de mise à disposition et d'usage de ce terrain, Comme lorsqu'on loue un appartement, on s'est engagé à le rendre dans l'état dans lequel on l'a trouvé.

 » Et pour améliorer le confort des participants, un point d'eau a été installé à l'entrée du camp, ainsi qu'un branchement électrique. Aux organisateurs ensuite d'effectuer les raccordements aux quatre coins du terrain.

Mais pour cela, ils peuvent compter sur l'aide précieuse des participants. « Les personnes qui viennent dans le camp ne viennent pas pour y passer une semaine de vacances. Chacun donne un coup de main. » Hier matin, les militants ont également reçu l'aide de quelques migrants d'origines irakienne et iranienne. « On a aussi eu la visite de plusieurs riverains, venus nous proposer du matériel ou des ustensiles de cuisine. » Dans la matinée, plusieurs enfants du quartier ont même participé à un atelier peinture improvisé. « Ils cherchaient à nous aider alors on leur a proposé de faire des pancartes pour signaler aux visiteurs les différents espaces du camp comme l'accueil, les cuisines, le cinéma, les toilettes...  »

Jean-Luc Colin, directeur du foyer Tom Souville qui accueille une cinquantaine de personnes handicapées, s'est également rendu sur place pour prendre la température. Il a ainsi appris que les abords du foyer allaient être réservés au camping, afin d'y faire le moins de bruit possible et donc de ne pas déranger les résidents avec l'animation qui régnera tout au long de la journée dans les autres parties du camp. « Face à la psychose instaurée par les autorités depuis quelques jours autour de notre installation à Calais, tous ces petits gestes nous font très plaisir », assure une participante.

L'ambiance de convivialité était bien différente la veille au soir, avec un ballet incessant de fourgons : « Après de nombreux passages, ils ont fini par venir discuter avec nous pour vérifier que tout se passait bien. » Mais pour l'heure, RAS.

T.S-M.

 

Les riverains prennent leurs dispositions [Nord Littoral dimanche 21.06.2009]

 

Concessionnaires automobiles, foyer de handicapés, lycéens, particuliers... Ils sont nombreux à vivre ou travailler aux abords du terrain occupé à partir de mardi par les militants de No border

Natacha Bouchart s'était montrée catégorique. Pour elle, l'idée d'installer le camp No border sur le terrain de la chaufferie est une aberration.

«  Comment peut-on croire qu'on va contrôler la situation alors que c'est au Beau-Marais, sur un terrain mitoyen au foyer Tom Souville où je rappelle résident des personnes handicapées. Et puis, c'est à proximité immédiate des habitations. Le choix de ce terrain a donc été réalisé d'une façon qui m'interpelle. » Malheureusement, le préfet est passé outre ces réserves en réquisitionnant le terrain, afin, explique-t-il, « de pouvoir mieux contrôler la situation. » Depuis quelques jours, les riverains prennent donc leurs dispositions, même s'ils sont nombreux à ne pas savoir à quoi s'attendre réellement, à l'image de Jean-Marc, installé rue Normandie-Niemen depuis une dizaine d'années : « On ne sait même pas si on pourra circuler librement pour rentrer chez nous ou si l'accès au quartier sera tout bonnement bloqué. » Du côté des concessionnaires de l'avenue Toumaniantz, voisins directs du futur camp, là aussi, on s'organise.

Chez Toyota, le parking situé derrière la concession a été entièrement vidé de ses voitures hier matin. « On a décidé de laisser un minimum de véhicules dehors et surtout de retirer les modèles les plus chers ce samedi car les fonctionnaires de police venus nous informer de la situation en milieu de semaine ont expliqué que les premiers militants pourraient arriver sur place dès ce week-end », explique-t-on du côté de la direction.

Un veilleur de nuit supplémentaire au foyer Tom Souville

Les murs de la concession n'étant pas extensibles, le directeur a autorisé les six employés de la société à prendre une voiture du garage pour rentrer chez eux : « C'est toujours six voitures de moins à caser ». Le représentant calaisien de la marque japonaise s'attend également à vivre une semaine commerciale pour le moins agitée. « Je ne suis pas sûr que c'est cette semaine qu'on va faire de belles affaires », craint le directeur, qui a toutefois décidé d'ouvrir les portes de sa concession tous les jours « sauf contre-ordre des forces de l'ordre ou si ça dégénère. » Chez Citroën, la stratégie est sensiblement la même. 18 véhicules, stationnés sur le parking arrière en attendant d'être envoyés à la casse, ont été retirés d'urgence. Même chose pour les véhicules d'occasion, dont les 22 modèles ont été stockés provisoirement en file indienne dans le hall de la concession. «  Toutes ces mesures vont forcément avoir des conséquences sur le commerce, déplore-t-on du côté de la marque aux chevrons.

Imaginez qu'un client veuille essayer le dernier véhicule de la file, ça sera impossible. » Et quand on sait que la concession vend en moyenne cinq véhicules d'occasion par semaine, on imagine facilement le manque à gagner. En revanche, la vente de voitures neuves ne devrait pas trop souffrir de la situation étant donné que la concession calaisienne n'en stocke presque pas. « Les seules qu'on a sont en attente de livraison. Et comme on appartient à un groupe, certaines voitures ont aussi été placées dans des concessions voisines.

 » Pour l'heure, comme chez Toyota, aucune décision n'a été prise quant à une éventuelle fermeture de la concession samedi prochain, jour de la grande manifestation. « Dans la mesure du possible, on souhaite éviter de fermer car le samedi, c'est notre plus grosse journée. Tout dépendra en fait de la situation sur place. » Enfin, le foyer Tom Souville n'est pas non plus épargné par l'installation du camp militant. Durant toute la semaine, la vie des 54 résidants, des personnes handicapées, sera quelque peu chamboulée. « On va essayer de rester le plus souvent à la maison en espérant que tout se passera bien même si je n'ai pas d'a priori sur les gens qui viennent sur le camp », avoue le directeur du foyer, Jean-Luc Colin. Réunis en fin de semaine, les résidants ont également reçu l'ordre de ne pas sortir seul durant toute la semaine.

Plusieurs sorties ont été annulées (piscine, basket, équitation...). Par contre, les excursions à Lille et Paris programmées depuis plusieurs semaines les 27 et 28 juin, sont maintenues. Un point d'interrogation demeure en revanche sur la grande randonnée organisée à Coquelles. Du côté du personnel, la mobilisation est de mise. Sa présence a été renforcée de jour, mais aussi de nuit. Ainsi, à compter de lundi, trois veilleurs assureront la sécurité des lieux toute la semaine, contre deux en temps normal. « Les résidants sont un peu plus inquiets que d'habitude mais pour l'instant, on gère plutôt bien la situation », assure le directeur. En espérant que la cohabitation se déroule sans problème.

T.S-M.

 

« Les forces de l'ordre seront là pour répondre » [Nord Littoral samedi 20.06.2009]

 

Johann Cavallero est le délégué zonal « Ordre public » au sein du syndicat policier Alliance. Dès lundi matin, il sera présent sur Calais aux côtés de ses collègues policiers présents sur le terrain.

Nord littoral : Vous serez présent à Calais toute la semaine prochaine. Pourquoi ?

Johann Cavallero : « Dès lundi matin, nous allons tenir une permanence syndicale sur le terrain. Notre but est de rencontrer les collègues engagés sur le terrain et de répondre aux différentes sollicitations. Il s'agit aussi de défendre les droits des policiers. » Justement, combien seront-ils sur Calais ?

« Selon nos informations, nous avons une dizaine d'unités de CRS, plus de 800 hommes. Nous devrions avoir la même chose au niveau des escadrons mobiles. Sans parler des effectifs départementaux du Pas-de-Calais, les forces de police secours du Calaisis. Plus de 300 collègues doivent également nous rejoindre de la région parisienne. Nous allons friser les 2 000 policiers ».

N'est-ce pas un chiffre qui frise la paranoïa ?

« Nous ne savons pas vraiment à combien ils seront sur le camp. La journée la plus compliquée sera certainement celle du samedi avec la manifestation prévue à 10 heures. Les chiffres sont fluctuants, on parle de 500 à 2 500 manifestants. On se prépare alors en conséquence, en prévoyant le pire. » Le pire ?

« Par rapport à ce qu'on sait, c'est un chiffre qui m'apparaît presque normal. On sait très bien qu'il y a eu des débordements en marge des manifestations que No border a tenu en Grèce ou à Strasbourg, lors du sommet de l'Otan. De plus, nous venons d'apprendre que des groupes d'anarchistes lillois risquent de descendre sur Calais. Ils sont malheureusement connus pour casser et pour s'attaquer aux forces de l'ordre. Il faut bien comprendre que pour les policiers, les interventions seront nombreuses. Il y a la sécurité publique à proprement parler mais aussi des établissements publics à garder. » Vous pensez à quoi ?

« La mairie, la sous-préfecture, le centre de rétention administrative devant lequel se termine le cortège. C'est à la fin des manifestations que les situations sont les plus tendues. Mais qu'ils sachent que les forces de l'ordre seront là pour répondre. » Pour les No border, le camp sera interdit aux policiers... « Il n'y a pas de zone interdite aux forces de l'ordre sur le territoire français. Il n'y a pas de zone de non-droit en France. Je pense que les autorités vont les laisser gérer leur camp et nous n'interviendrons qu'en cas de débordements à l'intérieur du camp ».

Propos recueillis
par Vincent DEPECKER

 

« No border » : les raisons de la psychose... [La Voix du Nord samedi 20.06.2009]

 

Calais, sa petite et moyenne délinquance, ses feux de poubelle (il faudra penser à les rentrer !), ses migrants... et voilà le camp « No border  ». La ville n'a jamais connu un tel déploiement de force, les Calaisiens sont dans l'incompréhension la plus totale.

La présence de CRS dans les rues : les Calaisiens sont habitués. Mais depuis le début de semaine, trois compagnies arpentent la ville, de jour comme de nuit. Tout le monde les a vues. Dans les heures qui suivent, il devrait y avoir douze ou treize compagnies de CRS, sans compter les gendarmes, les renforts à tous les niveaux... Entre 1 500 et 2 000 représentants des forces de l'ordre vont battre le pavé. Du jamais vu dans la cité des Six-Bourgeois qui a, depuis quelques jours, oublié qu'elle était aussi une belle cité de la dentelle.

 Pourquoi un tel déploiement ? Sans doute, la menace est-elle fondée : Calais c'est un port, un tunnel, des usines à risque Calais est la dernière frontière imposée par la Grande-Bretagne... Alors la venue de personnes réputées pour leurs dérives violentes ne peut pas être prise à la légère.

Du coup, la machine s'emballe. Un vrai jeu de dominos. L'hôpital s'apprête à passer au niveau d'urgence le plus important. Chez les sapeurs-pompiers, des renforts sont en route. Les postes de commandement des différentes structures sont prêts. À tout cela s'ajoutent les services de la mairie concernés, les riverains, les déclarations... Au tribunal de Boulogne-sur-Mer, les avocats vont multiplier les astreintes... Qui est concerné par cette venue de « No border » ? Tout le monde. Informations et désinformations se télescopent au coin du zinc, à la caisse du supermarché, aux portes des écoles. La directrice de Saint-Pierre vient de reporter la kermesse prévue le 27 au 1er juillet. Pour apaiser tout le monde.

Et s'ils ne sont que 200 « No border » à jouer de la guitare le soir autour d'un feu de camp en refaisant le monde, on pourra se demander si un tel déploiement était justifié. S'ils sont 2 000 et que ça tourne mal, alors on discutera longtemps sur les raisons de la dérive. Mais en tout cas, les Calaisiens vont vivre un moment historique : puisse-t-il se limiter à cette psychose. •

LAURENT RENAULT

 

Le camp « No Border », une zone de non-droit. [La Voix du Nord vendredi 19.06.2009]

 

La presse ? Interdite sur le site, à moins qu'elle ne soit accompagnée par un chargé de presse des No Border. La police ? Interdite également. Le décor est planté. Avant même l'arrivée des militants, on peut parler de provocation...

Le camp No Border, fait de militants d'extrême-gauche et d'anarchistes, se fixera le 23 juin au Beau-Marais, dans le bois situé le long de l'avenue Normandie-Niemen. Et ces militants qui dénoncent les frontières, sont pour la libre circulation dans tous les pays... s'enferment, se replient, s'isolent et déterminent une zone de non-droit. «  La police ? Non, elle ne sera pas la bienvenue dans le camp  », assure le chargé de presse des No Border qui affirme que tout sera mis en oeuvre pour éviter les affrontements. «  Pour participer aux ateliers proposés durant cette semaine, il faudra se présenter à l'accueil. Les journalistes ? Non, ils ne se promèneront pas seuls dans le camp, pas de photos non plus sauf si autorisation spéciale... » Il faudra s'en tenir aux communiqués. Soit.

Direction leur site internet, dans l'onglet soutien médical (car visiblement, tout est mis en oeuvre pour vivre en autarcie), il y est écrit, entre autres, que le but de cette manifestation est aussi «  de contester et d'affronter les autorités sur place en signe de protestation contre la répression qui ne cesse d'augmenter à l'encontre des migrants comme des militants  ». Qui croire lorsque le chargé de presse annonce être à Calais avec des intentions « pacifiques » quand sur le site officiel on annonce vouloir passer à l'affrontement ? Il doit peut-être s'agir là d'une faute de frappe... Mais, concrètement, pour l'image de marque des No Border, auxquels des associations locales ont apporté leur soutien comme C'Sur et Salam, peut-être vaudrait-il mieux que cette semaine se passe sans incident, non ? «  On l'espère mais on ne maîtrise pas tout », se défend le chargé de presse.

Dans les rues de Calais, on craint le pire (lire ci-dessous). À cause justement de cette désinformation créée par ces militants et les incohérences qu'ils véhiculent. •

LAURENT RENAULT

 

Quel impact sur les commerces ? [Nord Littoral jeudi 18.06.2009]

 

D'abord, il y a la bonne nouvelle... Imaginez l'aubaine pour le commerce calaisien de la venue de plus de 1 500 policiers, gendarmes ou CRS et de plus de 1  500 militants d'association.

Faut bien qu'ils mangent, qu'ils boivent, qu'ils reprennent des forces quoi ! Mais quand on se penche de plus près sur les différents arrêtés préfectoraux - pas de vente d'alcool au détail, d'essence, de gaz ou de tout port d'engin pyrotechnique - on peut se dire que le commerce calaisien va souffrir quoi qu'il arrive.

Mot d'ordre à l'Umih : ne pas céder à la panique

« Pour le moment, je n'ai pas eu d'échos concernant une baisse de la clientèle, commente Natacha Bouchart. Quand j'ai su que le préfet interdisait toute vente dans des récipients en verre, je lui ai demandé de revenir sur sa décision. J'ai d'abord pensé au commerce local ».

Même si des commerces pourraient fermer leurs volets au passage de la manifestation prévue samedi, Pierre Nouchy, président de l'Umih (union des métiers de l'industrie hôtelière) n'appelle pas à une fermeture totale. « Nous ne voulons pas céder à la panique, explique-t-il.

Je pense que le principe de précaution est une notion fondamentale mais nous ne devons pas subir le problème de la panique. Je ne crois pas qu'il faille fermer les établissements. De quoi aurait-on l'air si c'était de l'intox ? Ceci dit, avec la psychose qui peut s'installer dans la ville, les Calaisiens vont peut-être se cantonner chez eux et ne pas venir chez nous. » Et si la vente d'alcool est totalement interdite ? «  Nous nous plierons à la décision du préfet mais est-ce que Calais est l'endroit où les "no border" vont se donner en spectacle. À la limite, je comprends pour Strasbourg mais Calais ? » Reste que les retombées seront plus importantes pour les hypermarchés et les stations-services. D'ailleurs, comment ces enseignes vont-elles gérer le fait de ne pas pouvoir vendre d'alcool à leurs clients ? À suivre...

Vincent DEPECKER

 

Calais, une ville en état de siège. [Nord Littoral jeudi 18.06.2009]

 

Un policier pour un manifestant, c'est en gros le chiffre auquel il faut s'attendre pour la venue des militants des « No border ». Ils entendent dénoncer à Calais les politiques migratoires

C'est un secret aussi bien gardé que la recette du Coca-Cola. Combien y aura-t-il de policiers pour encadrer le campement des « No Border » à Calais, le week-end prochain ? « Beaucoup », explique-t-on çà et là ; certains n'hésitant pas à parler de « mobilisation historique ».

« Je ne vais pas rentrer dans le détail des forces présentes durant la tenue du camp, je peux dire que d'importants renforts de police et de gendarmerie seront sur le terrain 24 heures sur 24, explique Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais. Et dès aujourd'hui, des forces sont déjà présentes par anticipation pour assurer l'ordre public dans le Calaisis. »

Des gendarmes à cheval

De source non officielle, on parle de 1 500 à 1 600 policiers... soit une moyenne intéressante : un membre des forces de l'ordre pour un militant attendu sur le Calaisis. On peut donc s'attendre à une défense homme à homme. « On ne peut rien dire, confirme un gendarme. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'en 30 ans de carrière, je n'ai jamais vu ça. » Des convois sont déjà arrivés sur Calais, d'autres pourraient encore suivre.

Au tribunal de Boulogne-sur-Mer, un parquetier prendra une permanence uniquement pour répondre - si besoin - aux casseurs. « Nous nous sommes préparés à présenter un maximum de personnes et à en juger un nombre important en comparution immédiate », précise Jean-Philippe Joubert, procureur. Mais avant la réponse pénale, encore faut-il interpeller les mis en cause.

Depuis une semaine, les camions de CRS ou de la gendarmerie mobile ont envahi le camp Jules-Ferry. Idem à Coulogne où 400 gendarmes cantinent à la salle des fêtes. Résultat : un repas des aînés a dû être reporté du fait de la présence en masse des forces de l'ordre. Enfin, il suffit d'emprunter l'A 16, dans le sens Frethun/Calais pour apercevoir une cohorte de véhicules stationnée sur le parking de l'hôtel Suithotel à Coquelles. Une vingtaine de chevaux sont également arrivés sur le Calaisis. Ces brigades montées sont spécialisées dans les interventions en pleines émeutes.

« Les forces de l'ordre du Calaisis sont sur les dents », explique Natacha Bouchart, maire de Calais. Toutes les brigades de gendarmerie sont mobilisées avec des renforts de réservistes au cas où. Côté secours à la personne, on n'est pas en reste. Au centre hospitalier de Calais, on se tient prêt. « Il y a un niveau de vigilance de façon à anticiper un éventuel afflux de patients ».

Chez les sapeurs-pompiers, les gardes de la semaine prochaine ont été renforcées. À Marck et Calais, les pompiers d'ordinaire à quinze passeront à dix-neuf. « Tous les mecs en congé ont été rappelés et mobilisés », grince un syndicaliste.

Vincent DEPECKER

 

Les no-borders corrigent le tir. [Nord Littoral dimanche 14.06.2009]

 

Pour la première fois depuis l'annonce du camp, les militants de No Border s'expriment publiquement. Ils entendent lutter contre la désinformation qui circule à leur encontre et la psychose qui s'installe à Calais

En mars dernier nous révélions les intentions de No Border de dresser un camp à Calais. Trois mois après l'organisation consent à s'exprimer « contre la désinformation » qui circule à leur encontre.

D'allure estudiantine, les huit jeunes entendent « lutter contre la psychose qui s'installe ». Et d'expliquer : « Ce camp a simplement pour but d'échanger, de rencontrer. Il est ouvert à tous. Notre volonté est festive et revendicative. » Le but de l'organisation est simple : « L'ouverture des frontières.

Actuellement la libre circulation ne s'applique qu'aux biens. Or nous sommes persuadés que la première richesse ce sont les personnes. Ce sont elles qui devraient pouvoir circuler librement. » Les militants disent avoir sollicité les autorités, notamment pour trouver un lieu où dresser leur camp : « On nous avait accordé l'aire de grand passage, sur le terrain d'accueil intercommunal des gens du voyage. Mais on vient d'apprendre que des gens du voyage venaient de solliciter le terrain. Étant donné notre état d'esprit et nos positions quant aux populations marginalisées, nous ne pouvons décemment pas accepter de dresser le camp sur ce terrain. » Les négociations se poursuivent. Plus ou moins facilement. « C'est évident que nous ne nous attendions pas à être accueillis les bras ouverts. Nous espérons cependant être reçus de façon correcte. »

« On criminalise la contestation »

Les no-borders prétendent ne pas comprendre « la psychose » qui s'installe autour d'eux : «  C'est dommage parce que nous sommes ouverts à tous et à toutes. Notre intention est simplement d'expliquer au plus grand nombre le drame de l'immigration qui se joue à Calais. Notre camp sera animé d'ateliers, de débats, d'échanges avec une grande manifestation prévue le 27 juin. » Et rejettent la responsabilité sur les autorités : « On a appris dans la presse le déploiement de police qui est prévu (notre édition du 12  juin). Et franchement ça nous fait peur. Nous vivons dans un état sécuritaire qui criminalise la contestation. Toutes ces dispositions en sont la preuve . » Les services de l'État craignent évidemment des débordements. « Pourquoi y en aurait-il ? Nous venons à Calais soutenir les migrants, expliquer les conséquences des politiques migratoires... » En avril dernier à Strasbourg, des Blacks Blocks s'étaient immiscés dans les manifestations (lire page ci-contre). « On a des vidéos où des gens avec des sweats Blacks Blocks enfilent ensuite un brassard "police " », accuse un no-border auquel un autre réplique : « Et puis on ne peut pas être maître de tous les groupes autonomes. On ne peut pas parler en leur nom. Nous sommes une organisation horizontale qui vient à Calais simplement pour partager et échanger dans un camp totalement autogéré. »

A.TH.